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NOURA RÊVE

Un film de Hinde Boujemaa

Viscéral

Noura, blanchisseuse dans un hôpital tunisien, a trois enfants, un garçon et deux filles. Alors que son mari Jamel est en prison, elle devrait voir son divorce prononcé dans quatre jours. En attendant, elle et son amant Lassad, garagiste, cachent leur relation, l’adultère étant passible de 10 ans de prison. Mais deux jours avant, Jamel est libéré par grâce présidentielle et vient demander à Noura les clés de leur nouveau logement…

Noura rêve film image

"Noura rêve" fonctionne comme une descente aux enfers, obligeant sa protagoniste (une blanchisseuse souhaitant divorcer, mais prenant des risques en ayant un amant) à faire des choix d’adulte alors que trois enfants « qui n’ont rien à voir dans tout cela » l’accompagnent. Mettant dès les premiers plans l’amour en évidence et la perspective d’un bonheur prochain, Hinde Boujemaa filme en gros plan les sourires de son héroïne alors qu’elle échange au téléphone avec son amant, ou ses lèvres et narines collées au cou de ce dernier. Puis son scénario immisce rapidement dans l’inutilité de ceux-ci, les remarques perfides d’une employée de bureau (critiquant son comportement et soulignant le risque lié à l’adultère) rappelant le déséquilibre qui règne ici en matière de justice matrimoniale.

Mais c’est avec la libération surprise du mari, quelle réussit à installer progressivement une inquiétude de fond, convoquant peu à peu le drame, en obscurcissant l’horizon et en mettant sur les pas de cette femme, suspicion, menaces et humiliation. Hend Sabri est parfaite dans ce rôle de femme volontaire, pesant le pour et le contre à chaque instant, ménageant ses intérêts comme le ressenti de ses enfants. Les deux personnages masculins (Lotfi Abdelli et Hakim Boumsaoudi) méritent aussi de beaux éloges, incarnant l’égoïsme et l’inconscience comme l’impatience d’un changement de statut.

Au final, "Noura rêve" joue avec nos nerfs à la manière d’un drame moral iranien, questionnant les notions de droiture, de respect et de justice. Laissant habilement la religion presque de côté (un petit rappel est fait lorsque le fils est persuadé d’avoir été « frappé par Dieu »...) c’est avant tout sur le plan moral que ce film viscéral agit, en hymne à la liberté, féministe et engagé contre toute manipulation ou violence conjugale, mais aussi contre une corruption rampante. À découvrir très vite.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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