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NOTRE PÈRE À TOUS

Un film de Lucie Jourdan

Glaçant

Dans l’Indiana, Jacoba, fille unique née d’un don de sperme, tente de trouver un demi-frère ou une demi-sœur biologique grâce à un site de test ADN. Elle reçoit un résultat inattendu : sept personnes sont reliées à elle ! Elle enquête et découvre les sordides agissements de Don Cline, un docteur spécialiste de la fertilité…

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Sortie le 11 mai 2022 sur Netflix

Voilà un documentaire qui n’a, à première vue, rien de transcendant sur la forme : c’est majoritairement une alternance entre témoignages face caméra et scènes reconstituées, lesquelles versent un peu trop dans un excès de pathos et de clichés cinématographiques (ralentis, lents mouvements de caméra, faibles profondeurs de champ…).

Mais il faut bien avouer que le sujet, écœurant, nous saisit immédiatement. Si les ficelles de mise en scène sont plutôt ordinaires, le film se montre efficace dans sa capacité à nous faire ressentir l’abjection de façon crescendo, par exemple avec ce décompte croissant des frères et sœurs retrouvés (on se demande jusqu’où il va monter !) ou encore l’excellent choix de casting pour interpréter le Dr Cline dans les reconstitutions, non seulement parce que l’acteur (Keith Boyle) impose une présence glaçante mais aussi parce qu’on ne parvient pas toujours à distinguer l’acteur du vrai médecin (lequel est aussi visible dans des photos et reportages d’archives). L’intégration des vraies victimes dans les mises en scène apporte par ailleurs un effet cathartique bienveillant, bien que leur interprétation est quelque peu statique.

Le contenu des témoignages, évidemment, reste l’intérêt majeur de ce récit choc, qui interroge notamment les limites du viol et du consentement, montrant la difficulté à trouver une raison légale d’attaquer ce médecin en justice. S’ajoutent à cela des thématiques comme les soupçons de radicalisation religieuse et de suprémacisme blanc, la manipulation et l’intimidation que peut engendrer une posture à la fois patriarcale et perverse, l’importance des médias pour faire pression sur la justice, ou encore la complexité des sentiments des victimes, entre colère et dépression, entre crises d’identité et développement de liens forts entre les victimes (qui construisent tout de même une sorte de famille parallèle, au moins par solidarité), entre écœurement et fatalité. Certaines victimes parviennent même, malgré la gravité de leur vécu, à se focaliser sur une part de positivité, comme lorsque Jacoba Ballard explique que « ça [lui] a fait comprendre [sa] force » et sa « raison de vivre », ou quand une mère admet que, nonobstant le traumatisme et la « nausée », elle a eu deux filles « merveilleuses » grâce à ce médecin et qu’« on ne peut pas être en colère quand on a ce qu’on a toujours rêvé d’avoir ». Lorsque les dernières informations s’affichent durant le générique de fin, sidération et espoir se combinent.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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