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LA NIÑA DE FUEGO

Un film de Carlos Vermut

Aussi bizarre que tendre

Luis assiste impuissant à la rechute de sa fille, Alicia, atteinte d'une leucémie. Découvrant le journal intime de celle-ci, il apprend parmi les trois vœux qui lui sont chers qu’elle souhaite avoir un déguisement de magicienne de son héroïne de série préférée (la fameuse Magical girl), mais aussi réussir à atteindre les 13 ans. Il n'a alors de cesse que de trouver les 7 000 euros qui lui permettront de lui offrir le costume en question, quitte à prendre quelques libertés avec la morale...

"La Niña de Fuego" fait partie de ces petits films que l'on n'attend pas. Il est d'abord de ceux qui vous bousculent par les éléments de tendresse maladroitement exprimés entre ses personnages qui n'arrivent pas à communiquer leur amour. Il s'agit ici principalement du père et de sa fille ; lui, allant aux limites de sa morale pour lui offrir ce qu'elle désire le plus, elle, lui offrant des paroles d'amour par message radio interposé qu'il ne prendra pas le temps d'écouter... Mais cela ne s'arrête pas à eux, et chacun des personnages du film sera à sa manière possédé par cette impossible connexion avec l'être aimé.

Il est ensuite de ces œuvres qui surprennent par leur construction. Le film est en réalité chapitré en trois parties, de durées nettement inégales, mais faisant la part belle à chaque fois à un personnage : le père en manque d'argent, la femme aux pulsions incontrôlables mais soumise à son homme, et le vieillard sortant de prison. Les connexions entre eux sont amenées à chaque fois de manière surprenante, offrant au passage les rebondissements les plus tordus.

Il est enfin de ceux dont le scénario, laissant suffisamment de zones d'ombre, dessine les contours de personnages torturés, confrontés à leurs désirs et aux limites qu'eux-mêmes ou la société imposent. Intitulé "Magical girl" en espagnol, en lien avec le costume de magicienne tant désiré par la jeune fille, le film a reçu en français le titre de la chanson qui revient régulièrement au cours de l'intrigue, tel un avertissement du danger que représente celle à qui on voudrait faire plaisir.

Mis en scène avec un sens maîtrisé de la langueur et du mystère, "La Niña de fuego" joue délicieusement avec nos nerfs et bascule d'un récit d'apparence généreux à une œuvre formidablement amorale. Il a reçu le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au Festival de San Sebastiàn 2014, et a valu à Bárbara Lennie le prix de la meilleure actrice aux Goyas 2015. Trois prix qui représentent bien toute l'ambivalence du film, entre personnages torturés et histoires individuelles qui ont toutes leur valeur. Décrivant en filigrane une société espagnole en crise et prise elle-même entre raison et émotion, ce film est à ne surtout pas manquer.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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