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MY TWO DADDIES

Un film de Travis Fine

Une histoire engluée de minauderies et de contradictions

À la fin des années 70, Rudy est un chanteur transformiste sans le sou. Alors qu’il vient juste de faire la connaissance de Paul, l’homme découvre en rentrant chez lui, un jeune garçon terrorisé dans l’appartement voisin…

Deux hommes peuvent-ils élever un enfant ? Cette question, qui ne devrait pas en être une, certains se la posent encore (les manifestations d’un autre âge qui ont battu le pavé français l’année dernière en sont le triste témoignage). Pour rendre compte de cette injustice, Travis Fine réalise ici un film entièrement dédié à la cause, en relatant le combat de Paul et Rudy pour avoir la garde de Marco, un adolescent livré à lui même.

Malheureusement, pour mieux nous émouvoir avec cette histoire totalement fictive, le réalisateur ne rechigne pas sur les grosses ficelles. Marco est trisomique, sa mère est junky et chasse régulièrement son fils de leur appartement miteux pour se droguer avec des hommes de passages. L’ado se retrouve alors seul, errant dans les rues, avec sa poupée qu’il chérit plus que tout. Autant de détails sordides qui se succèdent comme s'il y avait besoin de justifier le fait que l’enfant est bien plus heureux avec ses papas providentiels. Or, à trop vouloir en faire pour revendiquer les droits de ses héros, Travis Fine oublie une chose essentielle : parler d’amour. En effet, la rencontre entre les deux hommes est à peine esquissée que les voilà déjà obstinés à vouloir élever Marco comme un couple établi de longue date. Quant à l’amour paternel des deux hommes pour le garçon, il est très peu évoqué à l’exception de rares moments, guimauves à souhait, où le réalisateur filme la petite famille au ralenti sur la plage, sourires béats avec la petit musique au piano qui va bien.

Mais le grand défaut du film, réside en son personnage principal : Rudy Donatello. Ce dernier, bien que premier à porter secours à Marco, en veut à la terre entière et révèle un sale caractère des plus agaçants. Pourtant, autour de lui tout le monde est gentil : l’institutrice soutient les deux hommes jusqu’au tribunal ; la juge, est des plus conciliantes lors du premier procès ; enfin Paul, tout juste sorti du placard accueille illico chez lui son nouvel amant et l’enfant sans se soucier du qu’en-dira-t-on. Un mec adorable qui n’osera cependant pas dévoiler sa nouvelle situation à son patron et présentera Rudy comme étant son cousin (mensonge fort compréhensible vu que l’histoire se passe en 1979). Ce petit détail ne plaît pas à Rudy, qui piqué dans son orgueil, fera tout pour que leur relation apparaisse au grand jour et éveillera ainsi la méfiance des services sociaux.

Là est toute la contradiction du film, car il fait de son héros le principal déclencheur de ses propres problèmes en éludant au début du film la mentalité encore très puritaine de l’époque pour finalement l’y confronter à la fin. Cette confusion, visiblement non réfléchie, discrédite totalement le film, déjà très racoleur avec son style mièvrement lyrique. Enfin, « My two daddies » apparaît d’autant plus ridicule, qu’il sort quelques semaines seulement après le très bon « In the Family » de Patrick Wang qui traite du même sujet mais dans un style plus brut et épuré mais terriblement efficace.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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