Parce qu'on en a jamais assez !

THE MUSIC OF STRANGERS

Un film de Morgan Neville

Un beau récit entre exils et racines

En juillet 2000, Yo-Yo Ma, violoncelliste américain de renom, issu de l'immigration, a réuni dans le Massachussets des musiciens de toutes origines, issus de la Route de la Soie. Une expérience visant à mélanger les musiques traditionnelles, qui a donné plus tard le Silk Road Ensemble, dont les concerts à travers le monde entier, sont devenus célèbres...

S'ouvrant sur un concert de rue savamment improvisé, en bord de mer à Istanbul, "The Music of Strangers" montre d'emblée le mélange des instruments, des cultures musicales et des arts (un artiste créé simultanément une peinture au sol), et la joie créative qui s'en dégage. Série de portraits croisés de musiciens engagés, désireux de confronter leur culture à celle des autres, ce documentaire réalisé par Morgan Neville, déjà connu pour l'excellent "Twenty Feet from Stardom", donne à voir toutes sortes d'exils (économiques, politiques, ou dus à la guerre), interrogeant ainsi le rapport aux racines et aux origines.

Détaillant au travers de chaque portrait, l'importance ou l'originalité de l'instrument (certains découvriront sous un autre œil le folklore espagnol avec la gaïta galicienne, sorte de cornemuse à mille lieu des sonorités du flamenco), l'auteur donne à voir la formation d'une troupe, lointaine par ses origines, et unie par l'amour de la musique. Interrogeant les relations entre pureté et tradition, le film prend position face aux tenant de communautés fermées, tout en affirmant clairement que l'art « ouvre à l'espoir », permet de « dépasser la peur » et invite à « s'engager » tout en « restant authentique ».

Basé pour partie à New York, ville par essence où « chacun amène ses racines », "The Music of Strangers" est un remède efficace face aux tentations de replis actuelles et aux attaques sur la rentabilité économique qui touchent aujourd'hui l'art. Mettant face caméra des personnes d'origines chinoise, iranienne, syrienne (un chrétien arménien et un arabe musulman) qui gardent tous « une photo de leur pays dans leur tête », il permet de relativiser la difficulté des situations et parcours, avant de mettre en avant la fierté, le courage et la persistance de l'ouverte au monde. Un film qui donne du baume au cœur tout en réveillant les consciences et l'envie de battre la mesure.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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