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MON CHER ENFANT

Un mal-être lourd de conséquence

Sami, 17 ans s’apprête à passer son bac. Une nuit, il a si mal à la tête, qu’il s’évanouit en vomissant tripes et boyaux. Ses parents, très inquiets ne savent pas si ses migraines sont dues au stress de l’examen ou à une quelconque maladie. Ils vont alors faire tout leur possible pour aider leur garçon si taciturne et si fragile, mais un jour celui-ci disparaît sans prévenir…

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Pour les parents de Sami, le quotidien n'est pas toujours facile. Pour subvenir aux besoins de la famille, Nazli, la mère, travaille loin de Tunis et ne rentre pas tous les soirs à la maison. Quant à Riadh le père, il vit ses dernières heures de travail comme grutier au port maritime avant de prendre un retraite bien méritée. Alors que son père quitte sa vie professionnelle sous la bienveillance de ses collègues, leur fils Sami se prépare à rentrer dans la sienne en passant le bac enfermé dans sa chambre.

Aimants et unis, les deux parents cherchent par tous les moyens à ce que leur fils s'épanouisse dans ses études mais aussi dans sa vie sociale. Fils unique et solitaire, le jeune garçon a pourtant du mal à sortir de son cocon et quand il se décide à consulter un psychologue il préfère que son père l'accompagne de peur d'affronter seul cette épreuve. Or malgré tout cet amour et cette liberté que lui offrent ses parents le jeune homme va disparaître sans prévenir, laissant Nizla et Riadh désemparés.

La petite famille alors amputée, va peu à peu se disloquer. Le père va par tous les moyens chercher à retrouver son fils quitte à se mettre lui même en danger et cela contre l'avis de sa femme qui ne veut pas perdre la seule personne qui lui reste. Ce désespoir, la caméra de Mohamed Ben Attia l'observe, immersive et pudique. Fixée sur le personnage du père, elle capte chaque regard, qu'il soit bienveillant ou crispé d'inquiétude.

Le récit, intensément épuré à la manière d'un Philippe Faucon ou d'un Frères Dardenne, arrive à se concentrer sur l'essentiel sans recourir à des effets de style. Un ressenti à l'état brut qui analyse sans mélodrame ni ennui, les affres quotidiens d'un Maghreb reclus entre crise économique et crise spirituelle. Une situation au point mort qui laisse de côté les adolescents en recherche de soi et cela malgré une cellule familiale solide. Mohamed Ben Attia démontre ainsi que les racines du désespoir sont parfois plus complexes qu'une simple équation conjuguant manques d'amour, d'éducation ou d'argent. C'est là toute la force du film qui nous emmène d'un point A à un point B avec, disons le, un certain suspense tant les comportements humains sont parfois imprévisibles.

Gaelle BoucheEnvoyer un message au rédacteur

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