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MILF

Un film de Axelle Laffont

MILF : Movie I’d Like to Flee

Trois amies d’enfance, toutes mères de famille, partent sur les plages du Sud pour vider la maison de l’une d’elles en vue d’une future vente. Quelques jours durant lesquels elles vont devenir la cible de trois jeunes hommes, très attirés par elles…

Pour ceux qui dormiraient dans une caverne depuis le milieu des années 90, l’acronyme anglais « MILF » signifie « Mother I’d Like to Fuck », et il semble donc assez inutile de le traduire. Et même si le terme – surtout popularisé par une scène-clé d’"American Pie" en 1999 – est souvent utilisé pour désigner une catégorie de film pornographique centré sur des femmes entre 35 et 65 ans, Axelle Laffont en a fait le sujet d’une comédie a priori délirante et désinhibée. Voilà une idée qui pourrait couler de source au vu d’une industrie comique hexagonale qui transforme n’importe quel sujet – même et surtout les plus creux – en arguments de comédie à deux centimes, mais qui prend tout de suite un autre relief quand on se souvient du potentiel délirant et désinhibé de la miss, moins restée dans les mémoires pour son lien de parenté avec le présentateur de Pyramide que pour ses prestations folles en Miss Météo sur Canal+. Le souci, c’est que cela remonte à un bail. Et qu’on ne savait rien du potentiel de réalisatrice d’Axelle Laffont, d’autant que le contenu de la bande-annonce ne décochait aucun sourire et ne dévoilait aucune idée de mise en scène. On avait malheureusement raison de craindre le pire.

Une scène à mi-parcours éclaire tout le problème : lorsque les trois bôgoss – qui semblent sortis d’une pub pour Tahiti Douche – évoquent pour la première fois le sens du terme « MILF » en le mettant en opposition avec le terme « cougar », il est clairement souligné qu’une cougar est une personne en chasse alors qu’une MILF est au contraire l’objet de la chasse. Ce à quoi Virginie Ledoyen s’empresse de répondre avec un ton ironique : « Ah ouais… la différence est très claire… ». On est à deux doigts d’aller dans le sens de sa réaction, car elle cible sans s’en rendre compte l’hypocrisie suprême du film : prétendre donner une image libérée et non-objetisée des femmes quadragénaires d’aujourd’hui (et aussi une image moderne et anti-consensuelle des relations entre personnes de différents âges), alors que le résultat lorgne clairement du côté de tout ce que le terme « MILF » semble suggérer en matière d’enjeux creux et de caractérisation racoleuse. De ce côté-là, on peut quand même signaler qu’Anne Fontaine avait déjà abordé la question de façon plus subtile avec "Perfect Mothers", et ce sans jamais se limiter à la question « qui chasse qui entre le jeune homme et la mère quadra ? ». Sans être une totale réussite, ce film avait au moins le mérite de traiter son sujet et d’exprimer des intentions de mise en scène avec de vrais partis pris.

Axelle Laffont, de son côté, n’a rien à raconter. Avec un niveau d’écriture qui tutoie le néant absolu du début à la fin (aucun enjeu, aucune évolution, aucun sous-texte, rien de rien !), elle se contente d’aligner des saynètes de vidéo de vacances entre copines (et là, c’est sûr, elles ont dû bien s’amuser !) sans chercher à aller plus loin que les trois lignes de son pitch. En gros, ça rigole en plein apéro, ça bronze à la plage, ça se baigne sur des matelas gonflables, ça masturbe bien plus du smartphone qu’autre chose, ça se trémousse en boîte de nuit et ça baise dans le placard à kitesurfs. Même dans "Camping", le scénario était plus développé, c’est dire ! Notons que pour ce qui est de donner chair à des personnages de femmes, la très sexy Axelle s’est donnée le rôle le moins favorisant, à savoir celui de la quadra chaudasse et lascive qui drague non-stop et qui enchaîne plus de positions aguicheuses que dans un magazine X. À ses côtés, Marie-Josée Croze et (surtout) Virginie Ledoyen se contentent de jouer mollement le traditionnel couplet de l’épouse tiraillée entre ses désirs de liberté et sa vie de famille. Ajoutez à cela des péripéties qui n’en sont pas (bain de minuit raté, concours de chevaux, chamaillerie entre potiches, etc…), une Florence Thomassin qui surjoue la cougar flashy (aïe aïe aïe !), une fin vite expédiée, un pélican (?!?) dont on cherche encore l’utilité dans l’intrigue, et vous obtenez là un film si réfrigérant qu’il va à l’encontre de son affiche ensoleillée. Pas de mercure pour ces trois sublimes vénus, hélas…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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