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MANOS SUCIAS

Un film de Josef Wladyka

Un thriller colombien comme on en voit rarement

En Colombie, de nos jours. Trois hommes embarquent dans un petit bateau de pêche. Mais ce n’est pas pour ramener du poisson. Ils doivent livrer à un grand baron de la drogue 100 kg de cocaïne cachés dans une torpille qu’ils tirent sous l’eau à l’abri des regards de l’armée et des petits escrocs qui pourraient en tirer profit à leurs dépens…

Le cinéma colombien vient de se trouver un nouveau porte drapeau en la personne de Josef Wladyka, récompensé du prix du meilleur réalisateur au Festival de Tribeca 2014. Il faut dire que, dès son premier long métrage, le jeune cinéaste place la barre assez haut en termes de mise en scène. Ne choisissant pas la facilité, il s’est retrouvé avec un décor plus que flottant : les eaux agitées de la baie de Buenaventura pour raconter cette histoire de livraison de torpille pleine de drogue inspirée de faits réels. Passant un tiers de son film sur un bateau, il arrive à maintenir sa caméra à flot sans trop tanguer, évitant le mal de mer aux spectateurs. La posant au plus près de ses protagonistes dans une barque ou sur une moto-wagon quand il rejoint la terre ferme, il colle littéralement à l’action.

Enfin, il n’hésite pas à « épouser » mer et terre avec ses plans au ras de la ligne de flottaison et tout près des roulettes posées sur rails, dans des scènes lancées à vive allure, pour insuffler un sentiment d’urgence qui donne le rythme au film. On est toutefois loin d’une virtuosité technique et coupée au cordeau comme dans le métrage haletant "La Cité de Dieu" de Fernando Meirelles, son collègue sud-américain. Mais certainement aussi parce que Josef Wladyka privilégie davantage une certaine sobriété qui, si elle participe à poser l’ambiance et la couleur de la vie colombienne, noie aussi certaines tensions et édulcore par la même occasion la rigueur de son script.

Malgré tout, Josef Wladyka a eu la bonne idée de densifier son histoire de trafic de drogue avec deux choses : la culture locale et les retrouvailles d’une fratrie. Il imprègne en effet son film d’un regard social – ou comment le trafic de drogue en Colombie bouffe une jeunesse aux abois d’un argent facile à se mettre en poche – et culturel – où l’on découvre le rap colombien et le « Choke » qui consiste à danser très collé-serré avec son partenaire par à-coups au niveau du bassin. Il embarque, enfin, dans son thriller deux hommes qui se fusillent du regard lors de leur première rencontre et dont on va découvrir, au fur et à mesure qu’avance l’intrigue, la relation qui les unit et les fera grandir. Mais à quel prix... Auront-ils pour autant retenu la leçon ? Rien n’est moins sûr dans cette région du monde soumise aux mains véreuses du crime organisé…

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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