Parce qu'on en a jamais assez !

MADE IN JAMAICA

Buena Vista Rasta Club

25 ans après avoir tourné son documentaire « Third World » en Jamaïque, le cinéaste français Jérôme Laperoussaz revient au pays du Rastafari pour raconter l’histoire de la musique Reggae, vue par les artistes qui la font vivre au jour le jour. Elephant Man, Bunny Wailer, Bounty Killer, Lady Saw et bien d’autres se succèdent devant la caméra pour évoquer leur histoire et celle de la Jamaïque à travers des chansons qui viennent du cœur…

La musique Reggae est un bouillonnement de sentiments et de passions, un dialogue incessant entre le passé et le présent, entre l’homme et l’Histoire. Jérôme Laperoussaz, qui connaît bien la Jamaïque et sa culture, propose ici un documentaire fascinant sur cette musique et le contexte social qui l’entoure. Considérant, à juste titre, que les mieux placés pour parler du Reggae sont les musiciens eux-mêmes, le réalisateur s’efface devant la prestation de ces artistes tour à tour attachants et intrigants, véritables jalons de la culture Rastafari. En 1h50 de métrage, le voyage est éclairant et, chose rare, jamais les intervenants ne cherchent à arrondir les angles ou à faire passer des vessies pour des lanternes. Laperoussaz nous les livre comme ils sont, vrais, parfois brutaux.

La réussite du film tient à la façon dont se succèdent les interventions. Au vu du nombre d’artistes conviés, on aurait pu craindre que l’un d’eux essaye de s’imposer aux dépens des autres, ce qui n’est jamais le cas. Laperoussaz trouve le bon équilibre entre parties chantées et passages parlés, laissant aux musiciens l’occasion de s’exprimer de toutes les manières possibles (on voit Lady Saw jouer au tennis dans sa chambre avant de pousser la chansonnette près de la gazinière). La mise en scène, souvent plus proche de la fiction que du documentaire, s’attache à franchir la frontière ténue qui existe entre réalité et imaginaire, entre nostalgie vivace et triste actualité. On s’y laisse prendre sans crier gare, tant les rythmes Reggae et Dance Hall s’insinuent en nous. Une réussite.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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