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LA LUNE DE JUPITER

Une très belle évocation du calvaire des migrants

Un jeune migrant, blessé d’un coup de fusil alors qu’il passait la frontière, découvre qu’il a le don de lévitation. Aidé par un médecin, il s’échappe du camp de réfugiés où il était parqué...

S’il y a un film en compétition au dernier Festival de Cannes, qui a divisé à la fois la critique et les spectateurs, c’est le nouveau film du réalisateur hongrois Kornél Mundruczó. Auteur des remarqués "Delta" et "White god" il nous a pourtant offert une parabole sur la liberté aussi belle que troublante, qui n'hésite pas à montrer le calvaire vécu par les migrants. Construit à la manière d’une incessante traque, le film s'intéresse au destin d'un migrant à la recherche de son père, dont il a été séparé lors du passage de la frontière hongroise, et qui découvre par hasard qu'il a le don de léviter. Aidé par un médecin fraîchement renvoyé pour avoir refusé de couvrir les agissements d'un policier, celui-ci est pourchassé par la police, qui finit par le considérer comme dangereux.

La peur de la différence, l’ignorance et la corruption, l’exploitation des êtres humain, la fausse générosité sont autant de thèmes qui servent de terreau à une histoire certes improbable, mais dont la poésie ne peut que toucher. Alternant passages tendus et moments de flottements hypnotiques, ce thriller mêle aspirations religieuses et rationalisme, et pose la question du respect de l'individu, tout en esquissant une réflexion sur le terrorisme et la culpabilité. Affirmant au passage que les gens « ont oublié le sacrifice des autres » et qu’il n’existe pas de lieu qui soit « protégé des blessures de l’Histoire », le film effleure la question de la responsabilité de l’Europe face aux flots qui débarquent à ses portes.

Toujours aussi percutant, Mundruczó propose quelques scènes choc, propres à secouer les européens installés que nous sommes (le débarquement des flics dans les caves, l’explosion d’une bombe...). Il manie avec hardiesse la caméra à l'épaule, adoptant un principe immersif en suivant au plus près ses personnes en fuite, filmant raz du sol lorsque le danger se rapproche, et nous emportant dans les airs lorsque l’issue devient impossible. Un film choc, servi par une photographie magnifique, dont on oubliera pas de sitôt les élans mystiques.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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