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L'ORDRE DES MÉDECINS

Un film de David Roux

Itinéraire d'un médecin qui se laisse atteindre par la maladie

Simon est un jeune pneumologue qui travaille au service des urgences. Il est dédié à son travail. Son monde s’effondre quand sa mère, revenant d’un cancer, est admise dans son hôpital pour une septicémie…

Dès les premières scènes, deux choses sautent au yeux : la justesse du casting et de l’interprétation de Jérémie Renier et Zita Hanrot ainsi que le grand travail d’écriture pour rendre la distance et le détachement des médecins. Les tournures de phrases pour les patients sont imperceptiblement trop brutales, sèches et froides, comme si elles avaient été répétées des centaines et des centaines de fois par des gens qui veulent faire le bien, mais qui savent qu’ils doivent se protéger.

Le travail de reconstitution sur le fourmillement de l’hôpital est aussi très bien effectué. On sent le rapport entre les services, les différents ego à gérer, les rapports hiérarchiques. Chaque personnage existe, même s’il a un petit temps à l’écran, ce qui montre un vrai amour pour les personnages pour ce nouveau réalisateur dont c’est le premier long-métrage.

L’hôpital est au cœur de l’action. C’est cet espace, vierge et aseptisé, qui peut devenir, au fur et à mesure des cadres et des éclairages, à la fois un lieu de fête, de célébration, de vie, mais aussi un lieu de mort, de solitude et de noirceur. David Roux ne se limite pas au seul aspect chronique de son film. Il explore l’hôpital au-delà de la simple reconstruction pour créer, dans les souterrains, des lieux d’expression et d’introspection.

Zita Hanrot, déjà vue dans le premier film de Jérémie Renier (Carnivores), est un très bon choix de casting. Bien que son personnage soit assez peu développé, la dynamique et la complicité qui existent entre elle et Simon ne sont pas sans suggérer une complicité mêlée de respect qui vient de la précédente collaboration entre les deux acteurs.

Le traitement de la mort et du monde hospitalier reste assez classique. Il en va un peu de même du traitement des patients et du rapport avec leur famille. Le film est très efficace, le temps d’une courte scène entre le personnage de Simon et un externe, une réflexion sur l’espoir et sur le rapport aux patients et à la mort est esquissée. C’est autour de l’aspect familial que le film se démarque, car le héros, qui semblait avoir perdu un sens de la famille, en vient à le retrouver par les événements. Tout le sens qu’il avait mis dans son travail s’effrite quand il est touché personnellement pas les événements qu’il vit pourtant tous les jours. Que faire quand l’on échoue à s’appliquer à soi-même ce que l’on enseigne aux autres ? Que faire quand notre ligne de conduite fléchie ? Que faire quand on le fait pour nous et pas pour eux ?

Un film efficace et plaisant, une jolie histoire sur la mort et sur les liens entre les gens, sur les gens qui soignent et qui sont là chaque jour, mais qui n’ont pas toutes les réponses.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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