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LA LEGENDE DE BAAHUBALI : 1ERE PARTIE

Un film de S.S. Rajamouli

Du lourd, dans tous les sens du terme, pour le meilleur et pour le pire

Une femme fuit avec un bébé. Arrivée près d’un village, elle tue deux soldats lancés à sa poursuite puis se noie en traversant une rivière et en implorant son dieu de laisser vivre le petit. Des villageois, témoins de la scène, parviennent à sauver l’enfant, qui est ensuite élevé par un couple sous le nom de Shiva. Celui-ci a, dès son enfance, une singulière obsession : gravir la cascade démesurée qui se trouve près du village et découvrir le monde inconnu qui est situé en amont. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il vient justement de ce monde et qu’il y est attendu comme le messie !

Depuis quelques années, le cinéma indien tente de se faire modestement une place dans la distribution française. Si c’est bel et bien jouable pour le cinéma indépendant (comme l’atteste le succès de "The Lunchbox"), le pari s’avère bien plus ardu pour les blockbusters du sous-continent asiatique. Devenu l’un des plus gros succès de l’histoire du box-office indien, "La Légende de Baahubali" fait donc partie de ces films qui essaient de se trouver un public mondial. Contrairement à la majorité des grosses productions indiennes, celle-ci, bien que tournée (ou doublée ?) en plusieurs langues, est avant tout issue – de par son réalisateur et ses interprètes principaux – de Tollywood (le cinéma en langue télougoue) et non du célèbre Bollywood (en langue hindie).

La première demi-heure concentre à peu près tous les éléments qui empêchent généralement les films indiens d’atteindre le public occidental (outre les fans de nanars qui les apprécient comme tels). En effet, on retrouve pêle-mêle des répliques et mimiques surjouées, une musique qui souligne tout en permanence, des ralentis à n’en plus finir (y compris des plans de cheveux au vent à la L’Oréal), certains décors et effets spéciaux kitschissimes, un culte souvent ridicule de la virilité, des actions totalement irréalistes dans un cadre qui ne les légitiment pas forcément (et globalement tout un tas d’exagérations : il faut se pincer lors de la première scène quand on voit cette femme avec un bébé dans les bras et une flèche plantée dans le dos parvenir à massacrer deux soldats !), et évidemment une barrière socio-culturelle qui n’est pas toujours aisée à franchir (les références religieuses, notamment, ne sont pas facilement accessibles pour la grande majorité du public français).

Malgré tout, après cette pénible introduction, on arrive à se prendre au jeu et on se dit parfois que ce n’est pas plus ridicule que les films de super-héros Marvel ou les péplums baroques à la "300"… ou tout simplement le mythe d’Hercule ! On trouve aussi ça et là des scènes d’action plutôt inspirées, qui lorgnent du côté des films de sabre chinois de type "Tigre et Dragon", à la fois pour le caractère poétique de certaines scènes (celles de séduction entre Shiva et Avanthika) et pour les actions totalement imaginaires (on pense à une scène de "Hero" quand Baahubali se protège de multiples flèches avec son épée). La scène d’érection de la statue, durant laquelle se propage le nom du héros, constitue quant à elle un climax dramatique franchement bien pensé en termes de mise en scène d’un pouvoir contesté. S’ajoutent à cela des touches d’érotisme suggéré d’une part et des personnages de combattantes d’autre part, qui participent à faire de ce film une petite révolution dans l’univers très policé du cinéma indien. On passe donc une bonne heure à découvrir quasiment un autre film, plus prometteur. Même la musique peut nous étonner en proposant surtout un usage martial des cuivres qui donnent un souffle épique à certaines séquences.

Malheureusement, le long flashback qui débute après plus d’1h30 s’avère plutôt confus, le choix des mêmes acteurs pour interpréter des rôles différents n’étant pas toujours très heureux. La production ne lésine pas sur les moyens pour la grande bataille finale mais celle-ci s’avère très irrégulière : si certaines idées tactiques et quelques choix de mise en scène sont bien maîtrisés voire originaux, d’autres aspects sont désespérément caricaturaux ou tiennent clairement du foutage de gueule, dignes des travers des plus grands navets hollywoodiens ! On retombe alors dans les défauts du début, comme dans cette hilarante scène d’avalanche que le héros déclenche lui-même avant d’arracher un bout de rocher pour s’en faire une luge et ne pas être enseveli comme l’armée qu’il décime ainsi tout seul ! What the f… ?!

De façon plus pragmatique, il y a probablement une autre déception : pas sûr que la suite soit un jour distribuée en France ! Dans cette hypothèse-là, on peut presque dire qu’on a perdu 2h40…

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

COMMENTAIRES

Lucie B

samedi 5 octobre - 1h03

Bonjour,

Votre critique est d'un point de vue cinématographique justifié si vous avez éduqué au cinéma occidental. Mais il faut connaître et comprendre le cinéma indien et la mythologie Hindu pour avancer une critique du film et décoder le langage. "L'érection de la statue" est sans doute la représentation du lingam de Shiva, qui montre bien force mais surtout la création. "Le culte de virilité" est toujours présent dans le cinéma Indien, le rôle principal masculin est appelé "héro" en Inde et le rôle principal féminin est appelé "héroïne" ils sont tous deux portés par un élan divin, une force qui n'est pas terrestre. Le masculin et le féminin ont chacun une place bien définie mais sont indissociables. Shiva représentante la force masculine mais sa partie féminine l'accompagne toujours (Shakti, l’énergie féminine). Chaque déesse est la Shakti d'un dieu. Vous remarquerez en regardant des films indiens, qu'il y a toujours une figure d'un des dieux ou une de ses nombreuses représentations au moment des batailles, ou dans des scènes romantiques. (La divinité est toujours présente (comme dans le quotidien en Inde), les films indiens ne reflètent pas la réalité, mais font vivre les fantasmes, mettent en image les rêves et mettent en scène l'imaginaire commun de la culture Indienne.

Mais comme vous dites je cite: "...évidemment une barrière socio-culturelle qui n’est pas toujours aisée à franchir (les références religieuses, notamment, ne sont pas facilement accessibles pour la grande majorité du public français)."
Il faudrait donc pour faire une critique constructive, dépasser la première lecture et étudier le fond pour franchir la barrière socio-culturelle.

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