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LE TÉLÉPHONE DE M. HARRIGAN

Un film de John Lee Hancock

À trop installer le suspense, on le perd…

Dans une petite ville des États-Unis d’Amérique, M. Harrigan, un vieil homme millionnaire vivant reclus sur lui-même, engage Craig, un jeune homme endeuillé, pour lui faire la lecture chaque semaine. Une relation filiale s’installe alors entre ses deux personnages solitaires, jusqu’à la mort soudaine de M. Harrigan. Après quelques semaines, Craig commence à recevoir des messages du défunt sur son téléphone portable…

Le Téléphone de M. Harrigan film movie

Sortie le 5 octobre 2022 sur Netflix

Tiré d’un court roman de Stephen King, "Le Téléphone de M. Harrigan", produit par Netflix, en porte assurément la patte. Tous les éléments qui ont fait les grands jours des meilleures histoires de l’écrivain sont ainsi réunis : une petite ville dont émane un mystère latent, un adolescent habitué à la violence et à la solitude, un personnage étrange mais charismatique… et un suspense interminable.

Une ambiance inquiétante dans laquelle se complait la narration s’installe ainsi dès les premiers mots prononcés par la voix off de ce film en teintes de gris. Dans un phrasé dont la neutralité rappelle la fameuse grande dépression de l’hiver, notre héros nous raconte ainsi son histoire « terrifiante » : celle d’un jeune homme (Craig) entretenant une relation floue avec un vieux monsieur (M. Harrigan, sosie officiel de Picsou si c’était un humain), et des événements surnaturels se produisant après le décès de celui-ci. Deux parties bien distinctes séparent donc ce film à la nature complexe. La première – et la plus intéressante – retrace l’histoire de cette relation entre les deux hommes, des séances de lecture à haute voix que Craig prodigue à M. Harrigan avec ferveur plusieurs fois par semaine, à une réflexion plus poussée sur les motivations des protagonistes : une solitude qu’ils se reconnaissent mutuellement et qui semble prendre encrage dans le deuil, cette influence, semblable à des séances de mentoring, qu’exerce M. Harrigan sur Craig, composées de conseils avisés mais cyniques dont on perçoit qu’ils accompagneront le jeune homme toute sa vie durant.

La réussite de cette première partie, dont émane une atmosphère de lourds secrets, se niche enfin dans ce qui lui donne le plus de corps : la prestation de Donald Sutherland dans le rôle de ce vieux Scrooge désabusé, pour qui un levé de sourcil suffit à exprimer mille mots. Dommage donc que les promesses de ce début de film ne soient pas à la hauteur de sa suite. La disparition de M. Harrigan transforme le film à mystères en thriller mou traversé par une critique alambiquée sur les dangers de l’influence des smartphones dans notre société ; petites boites démoniaques visant à contrôler l’attention et la volonté de ses utilisateurs – et qui tuent des gens par-dessus le marché.

Le (trop) long suspense qui mène à la résolution de cette histoire de fantômes (sortie à temps pour Halloween) essouffle malheureusement l’attention du spectateur à qui l’on a trop promis. Il restera cependant de ce film une ambiance dépressivo-mystérieuse indéniable sur laquelle plane l’ombre du grand Donald Sutherland.

Rédactrice également membre du LYF.

Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur

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