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LE SOLEIL REVIENDRA

Un film de Cheyenne Carron

Celles qui restent

Emma a 26 ans, elle est enceinte, et son fiancé, Laurent est en Afghanistan. Alors qu’il est loin et qu’elle se pense condamnée à la souffrance de l’attente, elle rencontre des femmes dont les maris sont eux aussi déployés…

Le soleil reviendra film

L’arrière-garde est un sujet assez peu abordé par le cinéma grand public et par le cinéma contemporain. Cheyenne Carron se saisit ici de la problématique de celles qui restent, à souffrir, à attendre. Par son film, elle donne une tribune à toutes ces femmes qui permettent aux hommes, de rentrer chez eux, de retrouver un foyer, de l’amour et de la chaleur. Elle fait le portrait avec douceur et gentillesse, sur un mode quasi-documentaire, qui n’est que tendu par une petite bride de fiction, de toutes ces femmes qui vivent « intensément », qui savent que celui qu’elles aiment repartira toujours, reviendra souvent saint et sauf, mais parfois blessé, ou peut-être même les pieds devant.

En entrant dans leur vie, dans leur quotidien, la réalisatrice révèle aussi des réalités ignorées au premier abord : ces femmes n’osent pas dire qu’elles souffrent, qu’elles sont heureuses, ou en galère parce que leurs hommes sont sous les balles. Elles ne peuvent pas faire une procuration, ou toutes ces choses du couple qui nécessitent la présence expresse du conjoint. Le film a également l’intelligence de montrer que la guerre n’est plus réservée qu’aux hommes et l’arrière aux femmes. Le film fait le portrait, rapide et en action de deux hommes restés à Paris pendant que leur femme ou leur conjoint sont déployés. Des hommes qui peinent à trouver leur place dans un monde de l’arrière historiquement exclusivement féminin.

La réalisatrice ancre tous ces portraits dans la réalité d’une jeune femme, enceinte, qui quitte Nîmes et sa famille pour se retrouver à Paris, au milieu de toutes ces femmes de militaires, qui vivent depuis des années, voire des générations avec ce poids. C’est par son intermédiaire qu’elles vont toutes pouvoir s’exprimer. Mais Emma n’est pas qu’un réceptacle, elle a aussi sa vie propre. C’est une jeune femme, qui malgré sa souffrance, veut continuer à vivre, à travailler. Ce que tout le monde lui refuse, étant à six mois de grossesse.

Si le film a des longueurs, que la photographie n’est pas formidable, que les personnages servent avant tout un propos plutôt que leur propre existence, ce petit film, s’attaque néanmoins à une réalité peu courante, et le fait avec beaucoup de douceur et d’amour envers les gens qu’il dépeint. Poursuivant dans ce style, de fiction documentaire, Cheyenne Carron nous livre ici un projet abouti et touchant.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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