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LE PHALLUS ET LE NÉANT

Un film de Sophie Robert
Avec

Terrifiant

Sophie Robert a pioché dans les 80 interviews de psychanalystes qu’elle a réalisées pour son précédent film, « Le Mur invisible », et les a compilées afin de faire surgir un nouveau sujet de discussion sur lequel la psychanalyse est terrifiante : les femmes et leur sexualité…

Le Phallus et le néant film image

"Le phallus et le néant" tient plus du reportage que du film. Sa forme n’est pas conçue pour une salle de cinéma et la mise en scène n’est pas du tout ce qui préoccupe la réalisatrice. Les effets qu’elle utilise, que ce soit la séquence animée qui parcourt tout le films, ou les différents portraits dessinés de Freud, Lacan et Dolto, accompagnés de citations, sont très télévisuels. Ce n’est donc pas un film calibré pour le cinéma.

A côté de cela, voir le film sur grand écran, enfermé dans un salle, est sans doute le seul moyen de tenir jusqu’au bout et se prendre celui-ci de plein fouet, sans distraction ou tentation extérieure (changer de chaîne, se déplacer...). Pendant près de deux heures, au gré des réponses de différents psychanalyses sur la douzaine de commandements psychanalytiques concernant les femmes et la sexualité féminine, le spectateur peut être tour à tour énervé (en effet, les premières réponses peuvent apparaître comme des propos sortis de leur contexte), sidéré, puis apeuré, dégoûté. Sans qu’il n’y en ait un pour rattraper l’autre, les psychanalystes, ne pouvant jamais se contredire ou répondre directement aux questions, prennent les positions les plus folles et maintiennent des affirmations d’une misogynie, d’un sexisme et d’une absurdité confondante, qui fait froid dans le dos. Car ils y croient, ils se posent en sachants, qui ne peuvent être remis en cause.

Le problème de ce film, ce qui diminue sa force et sa portée, est que dès le début, il apparaît comme biaisé, partial. Le spectateur ne peut pas se faire son propre avis et est directement impliqué avec la réalisatrice. La psychanalyse apparaît donc comme un danger. Elle repose sur un contre pied constant de la réalité. C’est une fausse science, car ses affirmations ne peuvent être réfutées. Pour reprendre une formule mathématique et logique qui leur est chère, X justifie la théorie, mais non-X justifie également la théorie.

Ce film semble porter en lui une grande frustration, car la réalisatrice ne parvient jamais à mettre les psychanalystes face à leur propre contradiction. Mais cela semble normal, car ces experts de la double pensée travaillent sans cesse sur les paradoxes et s’appuient sur un corpus de textes dont les auteurs ont tout fait pour ne jamais être remis en cause. Ils n’hésitent donc pas à jouer sur les mots, sur l’étymologie, ou à jouer de la division entre désir et réalisation, fantasme et réalité, pour arriver à leurs fins. C’est ce qui explique peut-être une attaque aussi basique que le reproche de mercantilisme dans l’animation.

Le but de ce film est de prévenir des dangers de la psychanalyse freudienne et lacanienne, si présente dans la société française contemporaine. A la fin du film, le postulat de départ est justifié, ce serait là effectivement une théorie sexiste et misogyne, une survivance absurde de l’aire victorienne dans la société contemporaine, une théorisation du patriarcat et du sexisme qui leur donnent des justifications naturelles ancrées dans la psyché humaine. Un système qui fonctionne en vase clos, reposant sur des énoncés aujourd’hui démontrés comme faux, mais qui sont toujours tenus pour vrais. Enfin, un système qui semble surtout avoir des effets destructeurs sur les personnes qu’il est sensé aider.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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