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LE BON GRAIN ET L'IVRAIE

Un film de Manuela Frésil
Avec

La misère des familles

Depuis 2014, la France et ses voisins européens font face à une situation migratoire inédite. Une situation migratoire à laquelle elle ne sait pas répondre. À Annecy, Manuela Frésil filme plusieurs familles de sans abris dans leur quotidien…

Le bon grain et l'ivraie film image

Une mère de famille, n’en étant pas à sa première nuit dehors, demande à la réalisatrice pourquoi elle les filme. Cette dernière lui répond : pour montrer que la vie est dure. Et c’est exactement ce que montre "Le Bon Grain et l’Ivraie" : que la vie est dure. Elle est dure pour ces hommes et ces femmes qui ont réussi à immigrer en France, mais qui ne peuvent pas bénéficier de conditions d’accueil correctes tant les logements du Samu Social sont saturés.

Mais surtout, ce que filme Manuela Frésil, ce sont les enfants. Elle s’attache à filmer des petites filles et des petits garçons, qui ont entre cinq et dix ans. Ils s’expriment bien, dans un français parfaitement compréhensible et sans accent. Ils sont allés à l’école, bien qu’ils vivent dans la rue ou qu’ils soient sans cesse en mouvement, d’un centre d’accueil à un autre. Elle les filme en train de jouer, en train de vivre, à l’école même parfois, ces enfants qui tentent, autant qu’ils le peuvent, de ne pas penser à là où ils vont dormir et à ce qu’ils vont manger.

Des enfants qui essaient de vivre dans l’instant. Des enfants qui sont trop jeunes pour aider leur famille, mais des enfants qui savent tout. Qui connaissent toutes les procédures et savent exactement où en est leur dossier. Des enfants qui savent ce qui les attend et qui savent ce qui va se passer si leur dossier est une nouvelle fois rejeté. Des enfants qui ne veulent ni penser à hier, ni penser à demain, car hier c’était la rue et demain, ce sera soit un retour au pays soit une nuit dehors. Des enfants qui essaient d’être amis, de vivre autre chose, de sortir de cette misère qui leur colle à la peau. Des enfants qui tentent de s’évader, dans un film qui ne leur donne aucun horizon.

Par la géographie des différents lieux d’accueil de la ville d’Annecy, et par le portrait croisé de différentes familles, Manuela Frésil fait un tableau des conditions extrêmement précaires de l’accueil des réfugiés en France et conclut son film par la promiscuité encore plus grande dans laquelle ils vont se trouver suite à la circulaire de 2017 de Gérard Collomb, alors Ministre de l’intérieur, qui permet d’utiliser les compte rendus des Samu Sociaux pour débusquer les réfugiés déboutés étant encore sur le territoire.

"Le Bon Grain et l’Ivraie" n’est ni une lettre d’espoir ni un film coup de poing qui appelle à l’action, mais un film fataliste désespérant, qui convoie un misérabilisme dégoulinant et compatissant du plus mauvais effet. Thérèse, la petite grand-mère qui accueille nombre de réfugiés dans son salon sans rien demander en retour, en serait sans doute outrée.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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