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LAS RAZONES DEL CORAZÓN

Un film de Arturo Ripstein

L'insatisfaction

Une femme seule se bat contre ses multiples créanciers. Son esprit est occupé par une seule chose : l'homme qui vit à l'étage au dessus et qui joue du saxophone...

Librement adapté de Madame Bovary, le nouveau film du maître du cinéma mexicain, Arturo Ripstein a fait sensation au Festival de San Sebastián 2012, en repartant cependant bredouille. Dans un noir et blanc somptueux, servi par une actrice littéralement possédée (Arcelia Ramirez), il livre une version à la fois sensuelle et moderne du roman de Flaubert. Bien sûr, il y décrit le désœuvrement, la dépendance financière, pointant du doigt l'influence de l'homme, séducteur sans âme, voisin indélicat ou mari devenu amer. Mais il questionne aussi l'insatisfaction, le refus de se résigner, le droit à rêver, décrivant les conséquences d'une passion à sens unique, l'objet du désir restant à porté de main et entraînant alors une propension à une soumission irraisonnée.

La lamentation, suintant par tous les pores du corps de l'héroïne, deviendra par la suite agonie. Mais cette Madame Bovary là a aussi le diable au corps, Ripstein jalonnant savamment son récit de quelques plans évocateurs : une caresse d'entre-jambes, un plan zénithal au dessus d'un fauteuil, un postérieur qui s'assoit, perçu au travers d'un rideau de douche... Au passage, l'auteur livre quelques vérités sur les hommes, effrayés par l'amour affiché (« vous les hommes, on vous offre un cadeau et vous ne pouvez plus respirer »), et dresse un contexte social entre crise (on engage des diplômés pour des petits boulots, il ne faut pas « faire de bruit » au bureau...) d'où surgit un racisme latent (apprendre le chinois sera bientôt très utile, les cubains veulent juste passer les frontières...).

Malheureusement ce drame flamboyant n'évite pas les excès dans sa dernière partie, notamment dans les scènes de contact entre le mari et l'amant. Ainsi le numéro de saxophone auprès de la femme éplorée n'est pas sans provoquer un sourire involontaire. Dommage, car « Las razones del corazon » (les raisons du cœur) avait tout d'une œuvre exigeante, qui, drapée dans un linceul de noir et de blanc d'une beauté troublante, pouvait toucher au cœur, ceci malgré une certaine austérité de rigueur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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