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LARA JENKINS

Un film de Jan-Ole Gerster

Rare portrait de femme

Lara Jenkins a aujourd’hui 60 ans. Elle est la mère de Viktor Jenkins, pianiste virtuose qui joue pour la première une de ses compositions devant un public, et bien que ce soit elle qui l’ait poussé à jouer, il ne l’a pas invité. Mais Lara n’est pas du genre à rester dans son coin, à remâcher un manquement qu’elle ne s’explique pas…

Lara Jenkins film image

Dans la production cinématographique contemporaine, les personnages ont une fâcheuse tendance à être tous sympathiques. Ce n’est pas le cas ici. Lara Jenkins est un personnage antipathique. Mais comme cette antipathie est travaillée, que le personnage est profond et qu’il souffre, naît chez le spectateur de l’empathie pour cette femme de soixante ans, intègre et pourtant rejetée de tous les côtés et payant son attitude.

"Lara Jenkins" est d'une certaine manière un film au naturalisme froid qui déborde pourtant d’humanité. Pas de ce que l'humanité a de plus beau, de plus fort, de plus chaleureux et bonhomme, mais de l'humanité quand même. Une humanité qui s’exprime dans la frustration de cette femme qui tente de conjurer la peur qu’elle a pour son fils qui présente pour la première fois une composition originale. Une peur irrationnelle, qui vient de ses propres traumatismes. Une peur guidée par un amour aveugle qui ne se rend pas compte de son pouvoir destructeur.

D'une certaine manière "Lara Jenkins" se saisit d'un sujet assez peu évoqué dans un monde qui promeut le leadership et le dépassement de soi : la peur infinie de passer à l'acte et de ne pas être à la hauteur, avec toutes les actions et stratagèmes dont sapiens use pour se voiler la face et trouver des compromis, même s'ils sont castrateurs et destructeurs. Tout faire pour éviter une honte potentielle, à soi ou à autrui, même si cela veut dire renoncer à ses rêves. Et chercher sa vérité dans le regard et la parole d’autrui. Ou vivre à minima une vie, qui si elle n’est pas celle dont nous rêvions, a le mérite d’être une vie qui ne nous déplaît pas.

Enfin, un élément, sonore, invite à sortir du sérieux imposé par le thème, la mise en scène et le sujet. En effet, quand se succèdent " Etudes n°10 "  de Chopin et "Il jouait du piano debout" de France Gall, le drame souffle un peu. Un film à voir, pour comprendre un peu mieux nos mères et nos pères, qui pensaient bien faire.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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