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LA PASSION DE MARIE MADELEINE

Un film de Marc Bielli

L'Église misogyne ?

Qui est Marie-Madeleine ? La réponse la plus commune est qu’elle est une prostituée repentie au contact de Christ. Mais cette réponse, largement colportée par l’Église, semble être une invention de toute pièce. Et si la Marie-Madeleine du « DaVinci Code » n’était pas une invention ?

La passion de Marie Madeleine film image

"La Passion de Marie-Madeleine" tient plus du reportage que du documentaire de cinéma dans sa forme. On y retrouve les traditionnelles reconstructions narratives mettant en scène Marie-Madeleine à différents moments de sa vie. Elles viennent soutenir les différents points de l'argumentation. On trouve également une voix-off qui revient de manière circulaire sur les points établis et qui fait la transition d'une question à une autre. Mais ce documentaire très didactique fait montre d'un très grand travail de fond, qui, s'il peut pointer vers le complotisme et l'ésotérisme, a le mérite de poser de réelles questions et d'apporter des éléments à charge contre la conception erronée du personnage véhiculée l’Église.

Le but des professionnels interviewés est clair et louable : réhabiliter la figure de Marie-Madeleine, injustement mise de côté dans l'Église catholique, et ce, dès sa naissance. Pour ce faire, il leur faut tenter d'établir le statut de Marie-Madeleine du temps du Christ, et démontrer qu'elle est bien plus importante que ce que les textes canoniques laissent entendre. Les professionnels reviennent plusieurs fois sur des écrits gnostiques, deux en particuliers, l'"Évangile de Thomas" et l'"Évangile de Marie", découverts au XIXe et XXe siècles, apportant de nouveaux éléments qui assoient la position de Marie-Madeleine au côté du Christ et qui apportent une nouvelle lumière sur une série de contre-sens potentiels faits sur le personnage. Ces écrits permettent aussi de comprendre l'origine de l'acharnement contre cette femme, « le disciple que Jésus aimait ».

Outre les reconstitutions et les interviews des trois professionnels de Marie-Madeleine, c'est l'iconographie autour du personnage qui vient nourrir le débat et le faire avancer, et accessoirement justifier la forme de documentaire. Dans les œuvres de nombre de grands-maîtres, des détails picturaux, des choix artistiques, incompréhensibles jusqu'alors, semblent soudain trouver une justification. La Renaissance étant passée maître dans l'art de la symbolique, si l'on peut certes faire dire beaucoup de choses aux tableaux et laisser supposer nombre de sociétés secrètes dans les arts, la quantité de tableaux venant appuyer les hypothèses présentées est saisissante.

Enfin, l'intérêt de ce documentaire est qu’en effet, il est partisan, deux sur trois des professionnels interrogés n’étant pas ouvertement catholiques et aucun d'entre eux ne se posant contre cette institution et son dogme. Ils laissent cependant également la place au doute, expliquant que sur de nombreux textes, rien ne permet de choisir une hypothèse plutôt qu'une autre, un pas logique aisément franchi dans les nombreux conciles religieux au cours de l'Histoire. Ils proposent un doute raisonnable et montrent que, sans doute, la condamnation de ce personnage est l'une des premières marques d'une misogynie qui a infusé la culture chrétienne et dont nos sociétés souffrent encore aujourd'hui.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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