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LA CAMARISTA

Un film de Lila Avilés

Un drame troublant dont l’épure n’empêche pas la révolte

Eve travaille comme femme de ménage dans un luxueux hôtel de Mexico. Très appliquée au travail, elle aime passer du temps dans les chambres et rêver à partir des objets laissés par les clients. Mais malgré son abnégation, le 42ème étage, objectif de tous les employés, est encore loin…

La camarista film image

À l’origine, "La Camarista" est une pièce de théâtre, elle-même inspirée du travail de l’artiste française, Sophie Calle, qui s’était faite embaucher comme femme de ménage dans un hôtel afin de photographier les objets laissés derrière eux par les clients. Lila Avilés, metteuse en scène sur les planches, a décidé de franchir le pas et d’adapter elle-même son œuvre pour le grand écran. En résulte, un huis-clos captivant au fort discours social. Eve est employée dans un hôtel luxueux de Mexico. Consacrant une grande partie de sa vie à son travail, quitte à parler plus souvent à son fils par téléphone qu’à la maison, la jeune femme passe la plupart de son temps dans les chambres du 21ème étage dont elle a la responsabilité. Croisant des clients pas toujours sympathiques, elle aime surtout rester seule pour laisser libre cours à son imagination à partir des effets personnels qu’elle peut retrouver.

Reposant intégralement sur les épaules de l’impressionnante Gabriela Cartol, le film se veut une autopsie à la précision documentaire du quotidien d’un complexe hôtelier, reflet des inégalités et des maux de la société mexicaine. Rêvant du 42ème étage, métaphore d’un ascenseur social en panne pour les classes les plus défavorisées, la protagoniste permet à la cinéaste de mêler le parcours intime à un message social et politique omniprésent, transpirant à chaque séquence et à la moindre situation. Car même lorsque Eve semble s’en sortir, comme lorsqu’elle prend des cours pour passer un équivalent du baccalauréat, l’adversité ressurgit immédiatement, le syndicat décidant de suspendre ces enseignements. Envoûtante et passionnante, la peinture de ce microcosme s’appuie sur une sobriété formelle et scénaristique pour distiller un propos fort et engagé. Le discours n’en devient que plus puissant, et cette fin ouverte que plus déchirante, malgré les quelques redondances qui jalonnent un récit parfois trop démonstratif.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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