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KONGO

Avec

Un regard envoûtant et sans jugement

À Brazzaville, Médard, apôtre de l’église ngunza, est un désenvoûteur et guérisseur. Sa vie et sa réputation sont bouleversées lorsqu’il est convoqué au tribunal : on l’accuse d’avoir pratiqué la magie noire et d’avoir provoqué un éclair ayant entraîné la mort d’enfants…

Lors d’un appel à contributions sur KissKissBankBank en 2013, le projet initial s’intitulait "Ngunza, forces invisibles du royaume Kongo". Devenu réalité et présenté pour la première fois à Cannes en 2019 (dans la programmation ACID), ce documentaire a finalement opté pour un titre bien plus sobre : "Kongo". Ce glissement s’explique sans doute par la volonté d’éviter la dimension instructive au profit d’une plongée plus implicite dans son sujet, nous permettant donc de suivre intensément ce que vivent les personnes filmées à défaut de nous expliquer précisément ce à quoi on assiste.

Ainsi, Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav privilégient un regard « au côté de » plutôt qu’une vision entièrement extérieure, accompagnant leur sujet principal, un désenvoûteur-guérisseur de Brazzaville qui officie au sein de l’église ngunza, une foi traditionnelle se fondant sur l’esprit des ancêtres, la croyance en des créatures magiques (diable, sirènes…), divers soins et sorts (avec potions, offrandes, danses et poupées votives…) mais aussi un rien de syncrétisme hérité du christianisme (le signe de croix par exemple).

On vit donc de l’intérieur ces croyances dont le sens nous échappe souvent, et on a parfois l’impression de découvrir ce qui se cache derrière ces publicités de marabouts que l’on trouve parfois dans nos boîtes aux lettres. Avec "Kongo", on réalise donc qu’il est simpliste de penser que tout cela n’est qu’une vaste arnaque : ces superstitions sont profondément inscrites dans les sociétés africaines et c’est en toute bonne foi que de très nombreux individus ont recours à ces pratiques. Ce film nous montre que, dans le Congo d’aujourd’hui, on peut penser que la magie noire et les forces sataniques expliquent les freins au développement du pays, ou encore qu’il est possible de porter plainte contre une personne en l’accusant d’avoir jeté un sort qui a provoqué la mort d’enfants frappés par la foudre (avec un vrai procès à la clé).

Mystique et captivant, "Kongo" ne porte aucun jugement, portant un regard bienveillant sur toutes les personnes filmées, et laissant le public se faire sa propre opinion sur la pertinence ou le ridicule de ces rites et croyances. La musique de Gaspar Claus (déjà aux manettes dans l’excellent "Makala") vient parfaire cette atmosphère envoûtante. Les co-réalisateurs parviennent surtout à faire de leur documentaire un vrai récit plein de rebondissements, et de leur sujet principal un vrai personnage de cinéma, drapé à la fois de certitudes et de doutes, de grandeurs et de bassesses. Un humain faillible, en somme. Mais aussi un être qui continue, d’une certaine manière, de rêver dans un monde matérialiste et mondialisé qui n’offre guère de place à l’imaginaire – que celui-ci soit religieux ou non.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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