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KIDON

Une arnaque ludique et funky

Le 18 février 2010, le monde entier découvre les photos de quatre agents du Mossad israélien, tous pris en flagrant délit d’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh, un responsable du Hamas palestinien, au cœur d’un luxueux hôtel de Dubaï. Mais les dirigeants du Mossad, persuadés que ces quatre personnes ne font pas partir de leurs rangs, sont les premiers surpris par cette révélation. Une enquête s’ouvre alors pour découvrir les véritables intentions de ces mystérieux assassins…

D’abord, pas de jeu de mot ni de message caché à tirer de cet étrange titre : le Kidon (prononcez « qui donne ») est en réalité la cellule d’action du Mossad israélien, ayant pour objectif d’éliminer les ennemis d’Israël et de s’occuper de diverses opérations délicates (sabotages, enlèvements, etc…). À titre d’exemple, l’une des actions du Kidon reste l’exécution des membres du groupe terroriste Septembre Noir suite à la célèbre prise d’otages durant les Jeux Olympiques de Munich en 1972. La particularité de ce service est aussi de répartir ses membres en commandos de quatre éléments, composés de trois hommes et d’une femme. Soit la composition exacte du quatuor d’acteurs soumis à l’interrogatoire durant les cent minutes de "Kidon", deuxième long-métrage d’Emmanuel Naccache après "Le syndrome de Jérusalem". Un interrogatoire tantôt musclé tantôt mesuré, mais qui, on le devine rapidement, cache très subtilement son jeu. En même temps, son magnifique générique animé à la "Mad Men" était déjà un bel avertissement.

Il est vital de laisser ses appréhensions au placard sur le registre du film d’espionnage qui oserait se frotter à un thème aussi délicat que le Mossad et son fonctionnement. D’abord parce que Naccache ne joue pas dans la même cour qu’Éric Rochant, et ne cherche en aucun cas à nous balancer une version 2.0 des "Patriotes", même si son film reste très documenté. Ensuite parce que la décontraction et l’absence totale de prétention prennent ici toute la couverture sans chercher une seule seconde à se la jouer sérieux. Pour le réalisateur, tout était ici parti d’un article de journal israélien, relatant l’histoire d’une équipe du Mossad démasquée à Dubaï, avec tout ce que cela peut comporter de manipulations secrètes, de rebondissements dingues et de détails tarabiscotés. Du coup, inutile de chercher plus loin pour ne voir dans ce genre d’histoire qu’un prétexte ludique à tourner en dérision tout ce qui entoure le fonctionnement des services secrets. Et ainsi, Naccache se fait très plaisir en installant peu à peu un contraste évident entre l’imagerie ultra-technologique du Mossad (notons ici un geek à lunettes qui utilise les écrans de PC comme Tom Cruise dans "Minority Report") et sa faculté à tomber dans des pièges aussi bêtes où le hacking d’ordinateur portable se mêle à la falsification de documents vidéo.

Ainsi, tout au long d’une structure narrative qui lâche ses indices à la manière de pièces de puzzle à remboîter au fur et à mesure, "Kidon" réactualise avec habileté le concept d’"Ocean’s Eleven" en l’inscrivant dans le contexte politique, avec le même désir de laisser le plus apparemment maîtrisé des systèmes à la merci de ceux qui veulent à tout prix en révéler les faiblesses au grand jour. Un parti pris qui n’est pas sans rappeler celui de John McTiernan sur le génial "Basic", où la vérité se voyait filtrée et rediscutée dans un bain incessant de palimpsestes. Pour autant, Naccache évite ici d’aller aussi loin que McTiernan dans les relectures temporelles, et se contente de dévoiler le pourquoi du comment au compte-gouttes au fil d’une intrigue qui tient en haleine comme elle sait susciter l’hilarité. Et en tant que tel, au vu du plaisir partagé à voir un casting aussi classe (surtout Tomer Sisley et la bouillante Bar Refaeli) s’amuser d’un bout à l’autre, c’est largement suffisant. Aucune prétention ni propos véritable, juste le désir de s’amuser sur un sujet qui ne prête en général jamais à rire. Et ceux qui accepteront de jouer le jeu n’auront pas l’impression de s’être fait flouer dix euros en sortant de la salle.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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