Parce qu'on en a jamais assez !

KEN PARK

L'insoutenable à l'extrême !

Dans une petite ville de Californie, un jeune adolescent se suicide devant les yeux de ses camarades. Le film brosse alors le portrait de quatre de ses meilleurs amis ( et de leurs parents), tous plus névrosés les une que les autres…

Ce film reste encore un mystère après sa vision, car les symboles véhiculés et la complaisance du réalisateur vis à vis de certaines scènes laissent traîner un doute dans l'esprit du spectateur. Si l'Amérique profonde ressemble à ça, nous pouvons définitivement avoir pitié d'eux. Ces adolescents et leurs parents sont en pleine déconfiture et chacun essaye de se retrancher derrière ses croyances, derrière ce qu'il a construit ou derrière l'alcool et la violence. Car à travers différentes cellules familiales, Larry Clark explore les maux qui gangrènent la société américaine, et contrairement à ses précédents films il ne se concentre pas uniquement sur la jeunesse, mais aborde aussi la perversité et les névroses refoulées des adultes.

Pour ces enfants qui ne voient pas en l'avenir un échappatoire, mais une spirale infernale, le présent est dur, froid et parfois violent, seul le passé, à travers les photos semble inspirer une certaine quiétude. Et dans ces cellules familiales le mal se terre. On retrouve pelle mêle l'ado qui trompe sa copine avec la mère de celle-ci, celui qui s'oppose à son père plein de frustration et de violence, et cet autre qui, vivant chez ses grands-parents se mure dans un autisme morbide progressif. Enfin la religion et son fanatisme y sont explorés à travers ce père de famille, qui, bien qu'excentrique et engoncé dans sa foi, respire le calme et une douce mélancolie. Mais dès lors qu'il découvre, par hasard la sexualité de sa fille unique, il entre dans une fureur extrême et se laisse alors aller à des pulsions intégristes et incestueuses, jusque là refoulées.

Cette construction se reproduit d'une manière ou d'une autre dans les autres familles où les façades se fissurent dans l'esprit des parents après un événement plus ou moins banals. L'inceste reste d'ailleurs une déviation plus ou moins avouée de ces adultes, qui semblent rechercher une part d'eux mêmes dans ces adolescents, même s'ils les repoussent ou les violentent le plus souvent.

Et c'est là que le bat blesse. Car la complaisance avec laquelle le réalisateur filme ces scènes de confrontation extrême, choque encore plus que son propos. Le sujet est déjà assez dur et suffisamment appuyé, mais il en rajoute une couche, en se posant ( voir en imposant le spectateur) comme voyeur. Et pour les voyeurs, rien n'est épargné, scènes de masturbations, fellations et même éjaculations sans compter toutes les scènes de sexe qui viennent émailler le cours de ce film. A chaque fois, elles se déroulent dans un contexte très tendu, où la répulsion et l'angoisse assaillent les spectateurs.

Seule la scène finale entre deux garçons et une jeune fille redevient plus classique, alors que ces adolescents semblent heureux, calmes et apaisés. Cette scène là est la seule qui apporte un peu d'espoir et de calme dans l'esprit de ces enfants. Comme si les visions érotiques précédentes servaient uniquement à stigmatiser les travers de l'esprit de ces êtres.

En clair un film au sujet violent et dont l'illustration visuelle renforce encore ce point. Aucun adulte ne trouve grâce au yeux de Larry Clark, ils apparaissent comme étant les premières victimes du monde qu'ils ont construit, où leurs enfants surnagent entre violence, dépression et tendresse. Un film à voir…….avec prudence !

Guillaume BannierEnvoyer un message au rédacteur

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