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JUSQU'AU DÉCLIN

Un film de Patrice Laliberté

Un déclin qui manque de déclic

Antoine fait partie de ces survivalistes qui se préparent au chaos pouvant résulter d’une catastrophe civilisationnelle, sanitaire ou environnementale. En plein hiver, il laisse sa femme et sa fille pour participer, au fin fond d’une forêt québécoise, à un stage intense auprès d’Alain, un influent survivaliste qui partage des vidéos sur le web. Trois autres hommes et deux femmes prennent ainsi part à cette aventure, qui ne va pas se dérouler comme prévu…

Sortie le 27 mars 2020 sur Netflix

L’introduction de ce film résume en quelques minutes à la fois les points forts et les faiblesses des choix de mise en scène. Le premier plan (un homme de dos devant une mare de sang) symbolise les maladresses et lourdeurs qui ponctueront ainsi la réalisation tout au long du métrage, en rendant le récit trop souvent prévisible. La scène qui suit est au contraire représentative des quelques bonnes idées, en étant responsable à elle seule des deux seules fausses pistes efficaces du film – l’une à court terme (la fausse impression d’entrer dans un film post-apocalyptique), l’autre à long terme à propos du personnage d’Antoine (nous n’en révélerons évidemment pas les détails).

Premier film Netflix québécois, et premier long métrage de Patrice Laliberté (jusque-là réalisateur de télévision et de courts métrages), "Jusqu’au déclin" est loin d’être un échec mais ne convainc que partiellement, en s’avérant trop peu capable de développer son potentiel. Il y avait pourtant de quoi faire, avec ces survivalistes persuadés d’être les êtres les plus « lucides » de la société (le terme est employé par Alain, le gourou de la bande), aveuglés par leur idéologie au point de ne pas être conscients de leur paranoïa ou de leur misanthropie ("10 Cloverfield Lane" était bien meilleur sur cet aspect). De façon générale, les personnages sont trop monolithiques et le scénario trop balisé, le film ne parvenant donc pas assez à développer la complexité des situations qu’il pourrait exploiter.

Par exemple, le décor, pourtant présenté dans le détail par Alain, aurait pu être le lieu d’un jeu de piste et d’affrontement bien plus inventif que ce qu’on découvre au fil du récit. De même, les personnages ne confrontent pas suffisamment leurs différences points de vue, hormis lors du dramatique point de basculement du scénario, que l’on sent venir d’assez loin – bien que d’autres hypothèses nous passent par la tête en tant que spectateurs.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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