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JUSQU'A TOI

Une séduisante utopie amoureuse

Alors qu'elle rentre d'un voyage d'affaire forcé à l'étranger, Chloé perd sa petite valise rouge. Alors qu'il arrive pour un séjour à Paris, Jack, américain qui ne sait plus trop où il en est avec sa copine débordée de travail et qui n'a pas pu faire le déplacement, perd lui, sa grosse valise rouge, héritée de son père, avec les stickers qui vont avec. Par erreur, la copagnie aérienne livre à Chloé la valise de Jack. Apprenant à connaître son propriétaire au travers de son contenu, Chloé va peu à peu s'imaginer une histoire d'amour...

Il y a de ces jolies histoires auxquelles on a envie de croire. « Jusqu'à toi » fait ainsi parti de ces films, comme « Et plus si affinités... » de Wes Anderson (alias l'excellent « Next stop Wonderland », grand prix de Deauville en 1998, malheureusement passé presque inaperçu), qui donnent envie de continuer de croire en l'amour, en la rencontre qui changera tout. Il faut dire qu'une certaine magie se dégage de ces chassés croisés entre une amoureuse française qui s'ignore et un américain exilé et obligé de réfléchir à sa vie.

La réalisatrice - scénariste est loin nous balancer une simpliste carte postale de Paris, préférant se concentrer sans cesse sur des personnages atypiques, dans la bouche desquels elle dépose des dialogues décalés et intelligent, captant autant l'air du temps en terme de comportement amoureux (la fuite facile face au moindre obstacle, la naïveté rêveuse...), que la mauvaise image des « commerçants » français. La prestation de Maurice Bénichou en réceptionniste renfrogné et revanchard, et celle de Jeanne Ferron en sa soeur, femme de ménage vexée, sont face à l'américain, un délice de goujaterie bien de chez nous.

Mais Jennifer Devoldere positive résolument toutes les situations, qu'il s'agisse des relations clients – serveur, entre collègues de travail, ou entre voisins. C'est là la force et le charme de son film, résolument positif de bout en bout, et servi par un casting convaincant, dont on aimerait partager la complicité. Mélanie Laurent resplendit de naturel dans son état de semi-rêverie et sa quête d'un improbable prince charmant, un rien trop idéalisé. Quant à Justin Bartha, également à l'affiche (mais plus en retrait) dans « Very bad trip » il dégage un « on ne sait quoi » d'engageant, mêlant un certain scepticisme à un calme uniquement apparent.

Les seconds rôles ne sont pas en reste. Valérie Benguigui est en pleine forme, en voisine qui tente d'avoir un enfant, et qui ne peut s'empêcher de râler même pour vous aider. Tandis qu'Arié Elmaleh incarne avec parcimonie un gérant de vidéo club délicieusement geek, qui ne définit les gens que par les DVD qu'ils regardent. Tout ce beau monde, à force de raccourcis, de galères et d'espoir, nous rappelle qu'en amour, si l'on n'essaye pas un peu de connaître l'autre, si l'on reste en retrait, à observer au lieu de s'impliquer, jamais rien ne se passera. Mais franchir le pas n'est sûrement pas si difficile, même pour les plus romantiques.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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