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LE JOURNAL D'ANNE FRANK

Une adaptation allemande plutôt subtile

Le 12 juin 1942, pour son 13e anniversaire, Anne Frank, jeune juive allemande vivant dans la Hollande occupée, se voit offrir un journal dans lequel poser sa vie par écrit et raconter ce qu'elle ne peut dire aux autres. Le 6 juillet 1942, en attendant leur départ pour Bâle, la famille s'installe dans un appartement au dessus d'un local d'entreprise. Peu à peu d'autres les rejoignent, jusqu'à former un ensemble de 8 personnes...

Le film s'ouvre sur un plan à contre jour. En fond, une fenêtre avec des rideaux, éclairée de l'extérieur par des bombardements. Devant, face caméra, le visage d'une jeune fille qu'on distingue à peine dans la pénombre. C'est grâce à ce type de dispositifs et à l'usage d'un montage variant les points de vue, qu'Hans Steinbichler réussit à insérer dans cette nouvelle adaptation du « Journal d'Anne Frank », des passages entiers du tristement célèbre journal. Qu'ils figurent ici en voix-off ou soient dits tout haut par l'héroïne elle-même, ceux-ci ne font jamais perdre rythme ou intensité à un récit forcément chargé en émotion.

Cette nouvelle version, présentée dans la section Generation du Festival de Berlin 2016 (elle succède à celles 1956 de George Stevens, de 1999 de Jon Blair, ou à celle animé de 1995 signée Julian Y. Wolff), replace intelligemment dans le contexte de l'époque les plus de deux années durant lesquels 8 juifs se sont cachés dans les hauteurs d'une maison d'Amsterdam. Sans pathos, c'est grâce aux nombreux détails de la vie quotidienne et à des personnages forts, que le récit parvient à suggérer l'horreur, des lois sur la stérilisation à l'ombre menaçante de la déportation et des camps de concentration. Sans exagérer côté suspense, le récit pose la peur comme seul point commun entre les personnages (peur du moindre bruit, des bombardements, des dénonciations...).

Mais l'atout de cette version est de puiser dans le texte pour explorer la solitude et la personnalité éclairée d'une jeune fille intelligente, adolescente passée trop vite à l'âge adulte. Provocatrice au départ inconsciente, on la voit donc évoluer sous nos yeux (grâce à l'interprétation sans faute de Lea van Acken), vers une conscience de ses qualités comme des défauts, mais aussi vers le rejet d'une mère qu'elle n'aime pas ou vers un usage calculé de son agréable physique. Esquissant ainsi le portrait complexe d'une jeune fille malgré tout en fleur, et malgré un passage assez lourd sur la publication possible du journal après 1943, le réalisateur nous livre une œuvre aussi pédagogique que bouleversante.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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