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JOKER

Un film de Todd Phillips

Taxi driver à Gotham city

Arthur Fleck est un clown malheureux et triste. Il vit seul chez sa mère, se fait tabasser dans la rue et échoue à devenir humouriste. Sa psychose le conduira rapidement à changer de personnalité et à se venger, devenant le Joker…

Joker film image

Que se serait-il passé si le héros de "Taxi Driver" avait été le celui de "La valse des pantins" ? Voila très exactement la question que semble s'être posé Todd Phillips en écrivant son film. L'influence de Scorsese est revendiquée puisque celui-ci était au dépért prévu comme producteur et que Robert De Niro se voit attribué un rôle symbolique. L'autre influence est celle de l'auteur de comics Alan Moore et du fameux Batman : the killing joke qui contribua avec Watchmen et The dark knight returns à révolutionner le monde des comics à la fin des années 80. Cette bande dessinée imagine le passé du Joker, qui serait un ingénieur ayant échoué à devenir humoriste. Le réalisateur a eu l'idée formidable de mixer ces deux univers dont les thématiques se rejoignent effectivement.

Il a forgé Arthur Fleck (le futur Joker) comme un mélange entre Travis Bickle et Rupert Pupkin. Un personnage seul, psychotique, mal à l'aise dans la société qui l'entoure et entravé dans ses ambitions artistiques. Un homme au visage émacié qui est atteint d'un sydrome qui provoque chez lui des crises de fou rire compulsives, qui se déclenchent lors de ses moments d'angoisse. Son rire est donc lié à son malaise, raison pour laquelle il est incapable de faire rire les autres. Une excellente idée, mais qui aurait facilement pu sombrer dans le ridicule si Joaquin Phoenix ne se l'était pas appropriée avec autan d'agilité.

On reste perpétuellement à la limite du grotesque, à l'image de cette scène cocasse durant laquelle, après une punchline efficace, Fleck se retourne et se cogne contre une porte vitrée. Le spectateur est déstabilisé et ressent d'autan mieux l'inconfort constant du personnage. Celui-ci est ensuite placé dans le décor de Gotham City, ville qu'il imagine clairement sous le prisme du New York de "Taxi Driver". Plutôt qu'une cité futuriste au design spectaculaire, il se concentre sur sa noirceur et sa laideur. C'est un territoire sale, poisseux, froid et rendu dangereux par la délinquance qui y prospère. Ce n'est pas depuis un taxi qu'il en contemplera la laideur, mais dans les tunnels glauques du métro. Un cadre urbain qui constitue le reflet du cloaque mental du "héros".

La transformation de Fleck en Joker est toute aussi intrigante. Après le rire décalé, c'est la danse inattendue au milieu de la rue qui signale l'aboutissement du changement de personnalité, ainsi que la mise en place du look (un superbe contraste entre l'élégant costume rouge brique, intérieur jaune et le visage blanc teinté de vert). Tout cela aboutit logiquement à un film très sombre, qui ose aller au bout de son propos, avec un final en apothéose qui se termine par un clin d'oeil malicieux à "Psychose". Le Lion d'or obtenu à la Mostra de Venise apparait comme la récompense d'un projet très culotté, qui vient donner une leçon de cinéma à toute l'industrie du super-héros triomphant. Et comme le dit lui-même Todd Phillips :"Toutes mes comédies ont un point commun : elles sont irrévérencieuses. Du coup, je me suis dit : Comment faire un film irrévérencieux tout en emmerdant la comédie ? Je sais, prenons l'univers des comics et tordons lui le cou. C'est comme ça que j'ai eu l'idée de faire le Joker." (Source : Dossier de presse)

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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