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JESÚS, PETIT CRIMINEL

Un film de Fernando Guzzoni

Sans avenir

Jesús, 18 ans, vit chez son père et ne va plus à l’école. Il passe son temps avec la bande dont il fait partie, entre les concours de chansons et chorégraphies façon pop coréenne, la drogue, la drague facile et les fêtes improvisées. Mais un soir, alors qu’il est avec sa bande, le leader s’en prend à un garçon bourré, à moitié comateux, et les choses dérapent…

"Jesús, petit criminel" est l’un de ces films sociaux dont aucun espoir ne jaillit jamais, prenant progressivement la forme d’une lente descente aux enfers, pour un personnage que l’on apprend pourtant à cerner peu à peu. Orphelin de mère, adepte des petites arnaques (il prétend que son téléphone et ses lunettes lui ont été volés, histoire de soutirer un peu d’argent à son paternel, clairement dépassé), aimant drogue, alcool, musique et sexe, cet ado ne semble avoir de respect pour personne. Et pourtant, le fait divers dans lequel il se retrouve involontairement embarqué, révélera chez lui quelques scrupules et un sentiment de peur jusque-là inconnu.

Cette pression soudaine, semblant réveiller le personnage et provoquant un rapprochement avec son père, est certainement le principal intérêt de ce film qui fleure le déjà-vu dans sa description d’une jeunesse chilienne désoeuvrée et d’une violence facilement accessible et normalisée. Fernando Guzzoni fait ainsi monter la tension grâce notamment à quelques scènes où le son (ou son absence) a son importance. Quelques plans silencieux vus depuis l’intérieur d’une voiture suffisent à faire ressentir l’incommunicabilité qui règne en famille, ou l’impasse dans laquelle se retrouve l’un des personnages. Une télévision hors champ, relatant le fait divers, permet de faire monter la pression. Tandis que d’insistants tambourinements sur une porte permettent de faire ressentir l’angoisse d’un personnage principal dont le sentiment de culpabilité devient peu à peu une peur panique.

Quasi crépusculaire dans l’ambiance qu’il véhicule, entre nombreuses scènes nocturnes et tristes intérieurs d’appartements, "Jesús, petit criminel" est un film au pessimisme rare, qui dispose d’une très belle conclusion. La peinture d’une jeunesse sans avenir ni but, qui ne croit plus en la famille ni la société et ne trouve ici que de rares moments de lumière (ici une scène de sexe assez inattendue). Un film à découvrir donc plus pour sa forme que pour le fond, déjà maintes fois exploré.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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