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JACKY AU ROYAUME DES FILLES

Un film de Riad Sattouf

Une savoureuse blasphèmerie du genre

En République Démocratique et Populaire de Bubunne, Jacky est en âge de se marier. Alors que les propositions se font nombreuses, le garçon ne pense qu’à une chose : aller au bal de la Générale pour être choisi par la Colonelle et devenir ainsi le grand couillon…

Telle Cendrillon, Jacky est abonné aux tâches ménagères les plus ingrates et est humilié par une famille plus riche. Comme elle, il rêve d’épouser la Colonelle charmante, qui l’aimera et le sortira de cette vie de misère. Transposée en République Démocratique et Populaire de Bubunne, l’histoire de Jacky est le miroir inversé de tous les stéréotypes qui régissent depuis toujours le genre humain. Exacerbée par les dictatures et l’intégrisme des religions, la société patriarcale est ici matriarcale et révèle ainsi toutes les différences qui distinguent la femme de l’homme en dehors de leurs anatomies.

Pour développer son sujet on ne peut plus alléchant, Riad Sattouf s’amuse à conjuguer le moindre détail au féminin tout en gardant la fantaisie qu’on lui connaît. Que ce soit les costumes, avec les voileries munies d’un anneau pour les célibataires (ils y accrochent un laisson qu’ils agitent frénétiquement pour se faire adopter, alors que les couillons, une fois mariés, ont une médaille auquel on ne peut plus rien attacher) ou que ce soit le vocabulaire aux genres inversés comme dans une jolie « poêtrie » (une blasphèmerie, un culottin…), tout est propice à une joyeuse satire des codes qui régissent notre monde depuis la nuit des temps.

Pour interpréter au mieux cet incroyable conte de fée, Riad Sattouf a su une nouvelle fois s’entourer d’une distribution hors pair. En effet, autour de son acteur désormais fétiche Vincent Lacoste gravitent Charlotte Gainsbourg, sublime dans ses uniformes taillés sur mesure, mais aussi Didier Bourdon, Noémie Lvovsky, Valérie Bonneton, Anémone (pour ne citer qu’eux), tous savoureux dans leur rôles à contre-emploi. À noter que comme dans "Les Beaux gosses", Valeria Golino apparaît en guest dans une parodie de film. Elle interprète cette fois une cruelle vampire sanguinaire.

Seul bémol à cette passionnante entreprise, le film souffre d’une mise en scène presque trop classique compte tenu de son scénario si riche en originalités. Il manque la petite étincelle qui amalgamerait tous ces atouts et fasse de "Jacky au royaume des filles" une œuvre totalement aboutie. Un détail cependant, compte tenu de la finesse d’esprit de Riad Sattouf qui, par son imagination débordante d’humour et de fantaisie, nous rappelle qu’il y a encore beaucoup à faire pour lutter contre toutes sortes de discriminations. Un joli pied de nez aux extrémistes, qui aujourd’hui s’enflamment contre tout progrès social au nom d’une hypothétique « théorie du genre ».

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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