Parce qu'on en a jamais assez !

IRINA PALM

Un film de Sam Garbarski

Sur le fil du rasoir

Une femme d'un certain âge accepte de branler des hommes dans un sex-club, ceci pour payer le voyage de son petit fils en Australie, seul endroit où il pourra être opéré et avoir des chances de survivre...

Bien sûr le pitch d' « Irina Palm », du « nom de scène » de cette femme à la paume si douce, en laissera certains interrogatifs. Mais toute la tendresse et la distance avec laquelle Sam Garbarski (dont c'est le deuxième film après « Le tango des Rachevsk ») font que cette comédie dramatique gagne en charme au fil du récit. Son ton volontairement décalé, teinté d'une légère provocation, doublé d'un émouvant discours sur le don de soi, la générosité pure, en ont fait l'un des films les mieux accueillis au dernier Festival de Berlin.

Interprète de Maggie (alias Irina), Marianne Faithfull arrive à faire croire à son personnage de grand mère timorée qui s'installe dans ce métier à contre coeur, mais avec droiture et dignité, se prenant finalement au jeu du savoir faire et de la « célébrité ». Humanisant tout ce qu'elle cotoie, elle ira jusqu'à décorer son antre d'un tableau et de fleurs, ce à quoi l'ambiance du lieu n'engage guère. Et elle se fera aussi au passage un « Penis-elbow » (au lieu d'un Tennis-elbow, maladie du tennisman: comment les traducteurs français vont bien pouvoir faire pour cet excellent jeu de mots.. on se le demande)!

Dépassant en permanence les conséquences catastrophiques des actes de cette femme sur sa vie sociale et intime, le scénario en fait intelligemment une rebelle calme face à son fils comme ses commères d'amies. Du coup « Irina Palm » est un film à ranger aux côtés de « Breaking the waves » de Lars Von Trier, pour sa thématique et sa puissance émotionnelle. Son scénario navigue cependant en permanence sur le fil du rasoir, lui conférant une légèreté et un romantisme inattendu en de tels lieux. Enfin, les dialogues qui sonnent toujours justes, le rapprochement inattendu entre Irina et son patron ( Miki Manojlovic, surprenant d'ingratitude fragile...) et l'utilisation fine du hors champ pour les scènes les plus tendancieuses finiront par séduire les plus récalcitrants. A voir absolument.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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