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INVASION

Un film de Shahram Mokri

Récit dans le récit en plan séquence

Dans le monde souterrain où la société s’est enfermée, des maladies font rage. Une en particulier attire la tension des autorités quand la mort de Saman, une personnalité bien connue de leur service, vient à disparaître. Les policiers ramènent alors sur la scène de crime, pour le faire rejouer la scène, l’homme prétendant être le meurtrier de Saman, un de ses collègues, Ali…

Le film est un pari conceptuel et visuel. Un plan-séquence est par définition un plan sans coupe. Le temps de l’action est donc le même que le temps du récit. Pourtant ici, par la force de la mise en scène, le temps semble être tordu, l’espace aussi. Tout se mélange dans une forme d’illusion.

Pour la police, l’enjeu, par cette mise en scène exacte du moment du meurtre, est de les aider à comprendre où est passé le corps de Saman. Ainsi, le film, dès les premières minutes adopte une narration enchâssée, une mise en scène qui réfléchit sur elle-même, qui s’auto-analyse. Les gens jouent leur rôle, oublient leur texte. Le spectateur ne sait pas ce qui fait partie de la reconstitution ou non. La caméra suit le point de vue d’Ali, le « criminel ». Le spectateur est donc mis dans la confidence et il essaie de grappiller le plus d’informations possible pour être peut-être plus malin que les policiers qui semblent à la fois perdus et hautement incompétents.

Mais alors que se passe-t-il quand une voix-off émerge, quand les dialogues que l’on entend ne sont pas ceux des personnages au premier plan, mais au deuxième ou au troisième ? Peut-on faire vraiment confiance à ce que l’on voit et entend si tout est joué ? Ali joue-t-il son propre rôle ? Quand s’arrête la mise en scène de la journée du meurtre ? Quand commence la journée présente ? Où se situent le présent et le passé ?

Le film joue beaucoup de son postulat de base : le monde est plongé dans la noirceur, il n’y a donc pas de marqueurs temporels extérieurs. L’avancement de base doit servir de marqueur au spectateur, mais dans ce cas, que se passe-t-il si un récit d’apparence linéaire, chronologique, ne l’était pas ? Ce film est hautement conceptuel, impénétrable et ésotérique, tout en restant très prenant et humain, et ce grâce au très grand talent d'Abed Abest. Une valise fait voyager et une barrière devient tellement large que la séparation devient inexistante. Il ne fait pas meilleur de l’autre côté, mais le croire permet de continuer d’avancer.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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