ILUSIONES OPTICAS

Les illusions sont partout, mais la qualité du film est bien réelle !

Juan n’est plus aveugle suite à une opération, mais il ne voit encore que des couleurs et des formes floues. Rafa est embauché comme agent de sécurité dans un centre commercial où il tombe amoureux d’une kleptomane. Manuela, sa sœur, voudrait bien se faire refaire les seins en profitant de la promotion que propose l’entreprise pour laquelle elle travaille. David, qui travaille pour la même entreprise, est victime de la restructuration de cette société...

Cette co-production franco-luso-chilienne est un régal ! Cristián Jiménez, le réalisateur, prend à la lettre son titre pour le décliner de mille façons. L’illustration visuelle est évidemment présente (flous, géométrie des génériques, jeux d’images divers…) mais n’est finalement pas la déclinaison la plus intéressante du thème, même si elle contribue à donner un style particulier au film et à le rendre cohérent par la fusion fond/forme. Par exemple, les gros plans des écrans de contrôle du centre commercial fonctionnent comme des visions subjectives et émotionnelles des illusions de Rafa, l’esthétique volontairement crade de l’image contribuant ainsi à donner le sentiment de l’aveuglement du personnage.

La perception visuelle est un thème central du film mais il n’a de sens que parce qu’il est connecté au traitement de la perception psychologique. On avait rarement aussi bien traité la subjectivité de la perception de sa propre beauté, ici abordée notamment par l’intermédiaire du personnage de Manuela, avec un trait comique qui souligne d’autant plus la subtile psychologie du personnage et de ceux qui l’aiment telle qu’elle est.

Jiménez va plus loin en créant des personnages et des situations décalées, qui font entrer ce film dans une famille où on mettrait pêle-mêle ceux de Wes Anderson ou des comédies scandinaves, toutes ces œuvres où l’humour partiellement mélancolique donne une force mystérieuse à leurs personnages souvent stoïques. Jiménez se sert de tout cela pour détourner la réalité et composer des situations inhabituelles qui mettent finalement en valeur l’absurdité de notre monde.

En vrac, on trouve un psychologue qui tire le tarot, un enfant de 11 ans qui dort avec la bonne, un jeune juif qui tente de convertir son père… Mais le plus symbolique du film, c’est évidemment Juan, l’ex-aveugle qui aimerait bien le redevenir ! Notons au passage l’excellente performance de l’acteur, Ivan Alvarez de Araya. A lui seul, il est une métaphore du propos socio-politico-métaphysique du film, l’illustration par excellence des illusions de nos sociétés. Pas étonnant, donc, de le voir à la fois dans le premier plan du film et dans le dernier (avec une scène finale toute en subtilité), comme deux parenthèses qui englobent ce magnifique film de destins croisés pour réunir toutes les illusions.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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