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I AM NOT MADAME BOVARY

Un film de Xiaogang Feng

La croisade d’une femme bafouée dans une Chine aux institutions méprisantes

Dans un petit village de Chine, une femme se bat pour faire reconnaître le mépris dont elle se retrouve victime : après une procédure de divorce dans l’unique but de pouvoir obtenir un deuxième appartement, son mari épouse une autre femme. Tentant tant bien que mal de prouver que le divorce était faux, son honneur se retrouve bafoué lorsque son mari insinue qu’elle était une épouse adultère. Elle va alors commencer un combat pour faire reconnaître ce tord devant la justice chinoise.

Avec ce dernier film, Xiagang Feng choisi de débuter par la petite histoire étymologique de l’expression « Madame Bovary » utilisée en Chine pour désigner les femmes adultères. Le réalisateur, qui prête aussi sa voix à la narration, nous conte cette fable d’un ton caustique qui dénote du reste de celui utilisé lorsque l’on embraye sur le cas de Li. Alors qu’elle croyait s’être arrangée avec son mari pour un faux divorce afin de contourner la loi sur les limitations de logements, son mari en profite pour se marier avec une autre et la traiter de « Madame Bovary ». Battante dans l’âme, ce petit bout de femme tente de contester et prouver qu’il s’agissait bien d’un arrangement dont même le maire était au courant. Malheureusement, personne ne veut l’entendre, pas même le préfet. C’en est trop pour Li qui va alors entamer un voyage à Pekin à la rencontre d’officiels plus importants.

Xiagang Feng cristallise avec ce film la dualité dont fait face la Chine aujourd’hui et qui, dans une certaine mesure n’est pas si éloignée du regard du peuple européen envers ses institutions et ses politiques. En effet, sous couvert de cette affaire de ménage, « I am not Madame Bovary » et surtout une excellente satire de la société chinoise. Il existe désormais un gouffre entre la ville et la campagne, les institutions et le peuple, les citadins et les villageois. C’est à travers le parcours de cette femme déterminée qui se voit fermer les portes une à une par des représentants des appareils officiels aussi méprisants que lâches que le réalisateur chinois parvient à nous entrainer et nous impliquer dans cette peinture au vitriol de la société chinoise. Et peinture est bien le mot ici. Pour probablement représenter l’étroitesse d’esprit des représentant des villages, Xiagang Feng adopte un cadre circulaire. Ce choix singulier déroute mais au fil des minutes on interprète sa signification, notamment à l'arrivée de Li à Pékin, et celui-ci donne lieu à de magnifiques plans larges très travaillés dont l’étalonnage ferait presque penser à des peintures sur toile.

Bien que le film prenne son temps (2h20), l’histoire du combat de ce brin de femme est captivante. On est emporté dans son combat et de nombreux moments caustiques et très sarcastiques sur le comportement lâche des officiels se regardent avec un réel plaisir. La personnalité de Li la rend attachante malgré une impression de distance, Xiagang Feng utilisant rarement des plans serrés sur ses personnages. La voir réussir à faire bouger les lignes et fissurer les frontières des logiques étriquées et désuètes des officiels chinois est un vrai régal et le combat de Li prend une autre ampleur grâce à un final puissant. Une vraie réussite.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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