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HOWL

Un film de Paul Hyett

Original presque malgré lui

Joe est contrôleur dans un train de la banlieue de Londres. Un travail ingrat et répétitif où il se rend en traînant les pieds. Mais un soir, le train est stoppé par ce qui semble être un incident technique. Perdus au milieu de nulle part, Joe et les quelques voyageurs qui l’accompagnent vont devoir s’unir et lutter jusqu’à l’aube pour survivre à cette nuit de pleine lune dans la campagne londonienne…

L'histoire nous l'indique, les dialogues et les situations nous le crient : nous sommes dans un film britannique ! C'est d'ailleurs ce qui fait le point fort d'un film qui n'aurait sans doute pas eu le même intérêt s'il avait été plus hollywoodien, plus lisse. Prenons par exemple les personnages. Mis à part l'ado irrespectueuse et le rival en apparence parfait, ils sont assez originaux et apportent au film une fraîcheur bienvenue dans un genre qui est, comme chacun le sait, hyper codifié.
Attention, n'allons pas jusqu'à dire qu'Hyett casse les codes dans ce film. Non, il s'agit simplement de code que l'on a moins l'habitude de voir tant les films américains sont dominateurs dans le cinéma horrifique. L'ensemble n'est pas sans rappeler, toute proportion gardée, le ton des films d'Edgar Wright, Simon Pegg et Nick Frost. Décalage entre les situations et les réactions des personnages, scènes surréalistes au point qu'elles en sont presque drôles ou encore soudains changements de tons, autant d'éléments qui nous le confirme s'il était besoin que "Howl" nous vient bien d'outre-Manche.

D'un point de vue technique, le film n'innove pas vraiment. Toutefois, il faut bien reconnaître que le cadrage, l'éclairage et l'étalonnage apporte une ambiance particulière au film. Prenons le cadrage, majoritairement composé de plans rapprochés, il exprime particulièrement bien le caractère exigu du décor qu'est l'intérieur du train. D'ailleurs, on se retrouve souvent à observer les personnages en plongée ou en contreplongée, un peu comme si le cadreur s'était placé un peu là où il pouvait pour filmer la scène. La photographie est elle aussi très réussie. Notamment, l'éclairage donne au film un grain particulier dès les premiers plans. Une ambiance "néon" à la "Midnight Meat Train" qui donne au décor un côté assez inquiétant.

En fait, le plus surprenant avec "Howl" ce sont les créatures. Comme elles apparaissent à la pleine lune, on s'attend à voir des loups humanoïdes comme dans "Wolfmen" ou "Ginger Snaps". Mais en réalité, il s'agit plus d'Uruk-hai que de loups. C'est quelque peu décevant quand on sait que Hyett est technicien de formation, spécialisé dans le maquillage et les effets spéciaux. Un peu comme si Christopher Nolan, virtuose de la narration, réalisait un film techniquement très abouti mais mal écrit.
Finalement, ces éléments inattendus ou inhabituels permettent au film de ne pas tomber dans le cliché du huit clos horrifique de bas étage. Lorsqu'on le regarde avec un œil d'amateur de cinéma de genre, "Howl" paraît presque original malgré lui. Son côté très british lui permet de retenir l'attention du spectateur et ses images parviennent à nous emmener au pays des créatures, des trains en panne et des néons. Bref, un film divertissant.

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

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