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Un indispensable changement

La planète Terre, ses merveilles naturelles, son évolution, l'exploitation faite par l'homme et ses enjeux environnementaux actuels, vus par le photographe Yann Arthus Bertrand. Un avertissement encourageant à des changements de comportement à avoir au plus vite...

Si l'on se serait bien passé des noms des sponsors qui servent de générique de début, virevoltant dans le ciel et formant progressivement le titre « Home » (foyer) pour signifier le monde dans lequel nous vivons (malheureux symbole d'une mise sous franchise progressive du commerce mondial ?), il est tout de même permis de voir dans le film de Yann Arthus Bertrand une ode à la nature, aux images sublimes et au message alarmiste mais suffisamment documenté, dans la lignée de « Une vérité qui dérange » d’Al Gore, en bien plus contemplatif.

EuropaCorp a choisi de présenter le film lors de la journée de l'environnement sur les écrans de plus de 50 pays. En France, le film a également été diffusé sur France 2 en version télé, plus courte de 30 mn, et fait l'objet d'une sortie DVD simultanée. Le film permet au spectateur de parcourir près de 54 pays différents, observant des endroits semblables aux origines (des paysages volcaniques...) comme d'autres, entièrement façonnés par l'homme (villes, champs céréaliers...). Opposant d'emblée l'accumulation du carbone dans les roches, à travers les âges, ayant permis l'apparition de la vie sur Terre, et l'actuel impact des activités humaines, libérant le même carbone dans l'atmosphère, le réalisateur met ainsi en évidence les dangers qui guettent l'humanité.

Les équilibres fragiles, nécessaires à la vie, permettent de montrer des beautés insoupçonnées, des paysages d'Islande aux savanes africaines, en passant par les coraux d'Océanie. Vient ensuite l'apparition de l'homme, qui en seulement 200 000 ans a déjà changé la face d'un monde de plusieurs milliards d'années. Celle-ci donne lieu à de magnifiques prises de vue, montrant l'accumulation, la multitude (bateaux, maisons, parcelles cultivées, habitants...), phénomènes encore amplifiés par la mécanisation et l'utilisation des énergies fossiles. C'est là que le film, sa musique, prennent une tournure bien plus dramatique, virant presque au thriller. Le leitmotiv : un « tout s'accélère » fort judicieux.

« Home » gratte là où ça fait mal. Il pointe des dérives évidentes en lien avec l'agriculture : surplus, utilisation des céréales, non pas pour nourrir les humains, mais le bétail, ou pour produire du bio-carburant, engrais polluants, ponction de 70 % des ressources d'eau... Il donne une vision effrayante des élevages, pour lesquels il faut aujourd'hui 13 000 litres d'eau pour produire un kilo de bœuf. Il fustige la surexploitation de tous les types de ressources, et leur déséquilibre en termes de répartition des richesses. Il donne à voir les illusions d'un monde où la technique et l'énergie pouvaient jusque-là laisser espérer des miracles, de l'agriculture en plein désert (à partir d'eau fossile), aux villes champignons ou îles artificielles situées où il n'y a rien (Dubaï, Las Vegas...).

Même s'il utilise par moment des formules un peu limites, proposant quelques raccourcis (une phrase du type « et voilà comment l'on transforme une forêt en viande », ou le parallèle de la situation actuelle avec le tragique destin de la population de l'île de Pâques), le film vise juste et fournit de nombreux exemples étayant son propos. Et surtout, il enfonce le clou : il faut maintenant réagir, face au réchauffement climatique, à la montée des mers, aux phénomènes migratoires annoncés... Pour cela, il nous propose au final, un listing de chiffres clés, alarmants, qui à eux seuls ne peuvent qu'inciter à la réflexion. Cependant, il est à noter que toutes les images du film, qu'il s'agisse de sites dégradés, de paysages exploités par l'homme, d'éléments construits ou naturels, sont tellement belles, qu'elles ont quasiment par moment l'effet contraire à celui escompté, et que vous sortirez de là, avec au minimum une belle envie de voyager, celle de découvrir les beautés et laideurs du monde.

Pertinemment, l'auteur conclut son film sur une série d'exemples de protections, de politiques, de projets, qui semblent aller dans le bon sens. Comme il le dit, « il est trop tard pour être pessimiste ». Il invite les spectateurs à être des consommateurs responsables et les politiques à prendre des décisions en faveur de l'environnement. Il propose de réfléchir à ce qu'il nous reste et non à ce que nous avons perdu. Ceci en espérant un changement, rapide, mais qui est encore loin d'être acquis.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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