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HISTOIRE D'UN REGARD

Un film de Mariana Otero
Avec Gilles Caron...

Une captivante prise de recul face au talent et à l’instinct

Le photographe Gilles Caron n’avait que 30 ans, lorsqu’il a disparu, au Cambodge, en 1970, en même temps que nombre d’autres reporters de guerre. Oscillant entre photographies d’événements ou de stars, et couverture de conflits, il a laissé derrière lui plus de 100 000 clichés, dont certains ont marqué la mémoire des Français. Mariana Otero se lance dans ces archives, à la découverte du regard singulier de ce grand photographe…

Histoire d'un regard film image

À la manière d’une enquêtrice, Mariana Otero se plonge dans les quelques 100 000 photos que l’une des filles de Gilles Caron lui confie lors d’un entretien, développant les planches contacts, les juxtaposant par moments sur ses murs, pour mieux en saisir la véritable chronologie. A force d’écoute de ses rares entretiens, d’observation de ses photos, de lecture de certaines de ses lettres, elle narre non seulement son parcours, mais finit par le tutoyer en voix-off, comme si son travail ou lui-même, étaient devenus familiers.

Embarquant avec nostalgie le spectateur dans ses recherches, elle tente d’expliquer les agissements de ce photographe hors pairs, entré à l’agence Gamma grâce à Raymond Depardon, qui oscillera entre commandes (photos de galas, de célébrités ou d’hommes politiques) et reportages sur le terrain. Et étrangement, c’est comme un concentré de l’Histoire du monde, qu’il a pu capturer en à peine 6 ans, témoignant à sa manière, de la guerre des 6 jours, de mai 68, de la famine en Afrique, des révoltes en Irlande ou à Prague, de la guerre du Vietnam…

Certaines photos, passées dans l’inconscient collectif, nous reviennent en tête, et Mariana Otero explore avec passion la genèse de deux d’entre elles : une de Daniel Cohn-Bendit, une autre lors de l’arrivée des troupes israéliennes au pied du mur des lamentations. Entre chance et instinct, la volonté de l’homme de ne pas suivre le troupeau est mise en évidence, avant que la réflexion ne s’oriente plus sur le rôle du photographe lui-même, « rouage ambigu dans les conflits ». Progressivement, une émotion se fait ainsi jour, avant que ne soit évoquée, avec pudeur et tact, la disparition de l’homme. Un document indispensable pour tous les passionnés d’image comme d’Histoire.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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