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L'HEURE DU CRIME

Quand la relation dont on rêve devient thriller

Une femme de ménage dans un grand hôtel, fait la connaissance d'un certain Guido dans un speed dating. Celui-ci lui fait l'amour, puis la jette. Quelques temps plus tard, elle rencontre un ancien flic, reconverti en gardien d'une riche propriété. Se laissant aller à cette nouvelle histoire, il décide de l'emmener sur son lieu de travail. Alors, lors d'un cambriolage, il meurt, elle survie, blessée. Commence alors pour elles de drôles de visions, alors qu'un ami policier du défunt se met à douter d'elle...

Encore une réussite côté films italiens avec cette "double heure", titre tiré du petit jeu qu'on a tous pratiqués étant petits: regarder les 20h20, 19h19, 18h18, etc. Les héros, en couple fraichement romantique, font ici un vœux lors de ces coïncidences de chiffres et de temps . Une manière d'introduire délicatement l'irrationnel dans cette histoire d'amour flirtant avec le fantastique. Conte d'une rencontre dans un speed-dating entre une femme de chambre et un ancien flic veuf, qui vire au cauchemar lorsque le couple se fait séquestrer au cours d'un cambriolage, "La doppia ora" est une réussite côté suspens, comme côté drame.

Confiance, menaces, signes du destin, coïncidences malheureuses, déjà-vu se mêlent habilement dans une première partie, mise en scène toute en langueur. Puis le film vire au policier dans une seconde partie plus nerveuse, pour terminer de manière plus intime dans une troisième qui fait la part belles à des personnages d'une richesse inattendue. Provoquant compassion puis suspicion de la part du spectateur, le réalisateur réussit une construction complexe et inquiétante.

Cela, il le doit à ses interprètes, crédibles de bout en bout malgré les étrangetés qui s'accumulent (les photos qui n'ont jamais été prises...), avec à leur tête Kseniya Rappoport, prix d'interprétation féminine au Festival de Venise 2009. Mais aussi à un scénariste qui a plus d'un tour dans son sac, aidé par quelques effets bienvenus, d'un bruit soudain à des pannes de lumière adéquates. Et si l'on pense au formidable "Yella" de Christian Petzold, c'est pour mieux s'enliser dans les méandres d'un film serpent.

Car "La doppia ora" n'est pas seulement un thriller diablement efficace. C'est aussi une belle histoire d'amour et de confiance, qui puisera en chacun de nous les instincts de protection les plus profonds. Réflexion sur la culpabilité, mais aussi sur la capacité à faire à nouveau confiance à l'autre, le film bouleverse, posant quelques questions propres au couple, rarement posées au cinéma. Car ne pas connaitre le passé de l'autre, ne pas savoir qui la personne qu'on aime a laissé au bord du chemin, c'est comme le disent si justement les dialogues: "ne pas savoir ce qu'elle (il) pourrait nous faire à nous aussi".

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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