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HEDY LAMARR, FROM EXTASE TO WIFI

Avec

Destin inouï pour « une personne simple très complexe »

On connaissait Hedy Lamarr pour ses rôles d’actrice à Hollywood, sa beauté et sa liberté sexuelle exacerbée. On découvre aujourd’hui sa face cachée, plus complexe : un esprit scientifique insoupçonné, obsédé par la technologie, qui aura été jusqu’à inventer un système de codage des transmissions qui aboutira plus tard au GPS et au Wifi…

Des destinées hallucinantes, on peut en recenser un grand nombre dans le milieu du show-biz. Pour autant, en voici une qui les écrase toutes. Jugez plutôt : une jeune femme intellectuellement brillante, née à Vienne dans un milieu bourgeois, qui aura fait parler d’elle en incarnant le rôle principal du film "Extase" de Gustav Machaty en 1933 (souvent considéré de façon exagérée comme le premier film pornographique de l’Histoire), qui partit ensuite pour l’Europe de l’Ouest afin de fuir un mari tyrannique et pro-nazi, qui fit si forte impression devant Louis B. Mayer (patron de la MGM) que ce dernier lança sa carrière d’actrice à Hollywood, et qui, pour couronner le tout, révéla sur la fin de sa carrière un talent d’inventrice de génie qui l’aura conduite à marquer durablement le domaine de la télécommunication. La technique dont elle fut l’inventrice – appelée la « technique Lamarr » – consistait en un système de codage des transmissions par « étalement de spectre et sauts de fréquence », technique considérée aujourd’hui comme l’ancêtre de celles désormais utilisées dans le cryptage militaire, la téléphonie mobile ou même le Wifi ! Et il aura fallu attendre la fin – pathétique et tragique – de son existence, pour que son génie soit enfin reconnu et récompensé à sa juste valeur.

On se pince alors : comment Hollywood a-t-il pu passer à côté d’un tel destin pour ne pas en avoir fait le sujet d’un film ? On gardera cette interrogation pour nous. De son côté, la réalisatrice Alexandra Dean se contente d’offrir un regard assez scolaire sur cette destinée hors normes, et c’est bien là ce qui limite l’enthousiasme. Deux défauts majeurs sont à relever dans son procédé : d’une part une structure narrative qui ne va jamais au-delà de la banale hagiographie (pas une seule demi-information révélée ici ne figure pas déjà sur la page Wikipédia d’Hedy Lamarr), et d’autre part un récit qui privilégie trop son travail d’actrice par rapport à celui de scientifique surdouée (un comble !). Les documents d’archives sont certes très nombreux (mention spéciale à ce talk-show aux côtés d’un Woody Allen encore jeunot !), mais très peu sont ceux à offrir une perspective inédite sur la personnalité d’Hedy Lamarr. Il en va de même que certains choix de montage, peu subtils, qui laissent parfois dubitatifs – on croirait presque que le génie scientifique de Lamarr aurait suffi à garantir la victoire sur les sous-marins allemands durant la guerre ! Si les néophytes trouveront matière à fascination dans le contenu du film, les autres resteront dans l’idée que le grand film – fiction ou documentaire – sur cette incroyable femme, reste à faire.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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