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HANNAH AND THE HASBIAN

Un film de Gordon Napier

Un formidable trio d'actrices

Un beau matin, Breigh annonce à sa petite amie, Hannah, qu'elle n'est plus lesbienne et qu'elle va tenter de coucher avec des hommes. Cependant, Breigh a toujours jusque-là aimé les filles. Hannah, qui elle a changé sa sexualité par amour pour Breigh se retrouve alors fort désemparée...

Qu'est-ce qu'une « hasbian » me direz-vous ? C'est tout simplement la contraction de « has been » et « lesbian », jeu de mot difficilement traduisible en français, terme qu'on pourrait remplacer simplement par « ex-lesbienne ». Ouvrant sur une scène de petit-déjeuner improbable, réveil douloureux pour Hannah, qui voit sa blonde copine lui annoncer son changement de nature, de manière aussi détachée qu'odieuse (elle s'est même préparé des anti-sèche !), le film promet de beaux échanges, entre douleur et cynisme.

S'installant après un premier générique sous forme de dessin animé, le principe narratif adopté par « Hannah and the hasbian » est plutôt joli. De délicates planches dessinées (signées Nidhi Chanani) représentant schématiquement les deux femmes, permettent élégamment de passer du difficile présent, aux flash-back racontant leur idylle. Ainsi, un tableau de jour, un petit cœur flottant entre les amantes assurera la transition vers un heureux moment passé. Et un tableau de nuit, les filles séparées, chacune sur une barque, nous fera revenir au douloureux présent et à la séparation-cohabitation (puisque les deux resteront à habiter ensemble, avec leur coloc comme arbitre).

L'atout principal du film reste son trio d'actrices, toutes éclatantes de naturel et servant à merveille un script qui déverse avec humour (noir) un certain nombre de vérités. Il y a bien sûr Emilie O'Brien-Brown (Hannah), dévastée par la nouvelle de sa séparation obligée, pleine de tristesse et de rage à peine contenue, les yeux en permanence embués. Elle passe littéralement par tous les stades : le refus, la colère, la moquerie mesquine, l'incompréhension. Sa copine, Breigh, interprétée par Matylda Buczko, l'affronte la tête haute, tout en souffrant de sa découverte du comportement masculin. Car c'est bien connu, les hommes à qui tu donnes ton numéro ne rappellent pas... et ceux qui se montrent un peu trop intéressés sont forcément gays.

Toutes deux doivent composer avec une colocataire haute en couleurs, Dinka (Mahalia Brown), qui a du mal à se remettre d'une rupture, se faisant tous les scénarios possibles, traitant son Jules de salaud alors qu'elle-même a eu quatre amants ! Lui ayant avoué, elle ne comprend pas très bien pourquoi il l'a plaqué. Inconsciente et extrêmement bavarde, à la limite envahissante, on ne s'ennuie pas un instant dès lors qu'elle se retrouve à l'écran. Et elle a de plus tout un tas de théories sur le sexe et les hommes, comme celle du « sexe avec l'ex », disposition facile et rassurante que tout un chacun pratique. Ces petits détails, comme des dialogues naturels et enlevés, sonnent plutôt justes, et font le piment de cette comédie douce-amère.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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