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THE GREAT GHOST RESCUE

Un film de Yann Samuell

Trop d'humour tue l'humour

Quatre fantômes forment une famille recomposée. Il y a le père, guerrier écossais dont les jambes ont été sectionnées, la mère, décapitée, qui promène ses trois têtes dans une malle, la fille, prétendue sorcière noyée par la foule, et le fils, ancien homme-canon réduit à un crâne en flammes. Réfugiés dans les murs d'un orphelinat, ils attendent l'arrivée d'un petit frère en la personne d'un des orphelins sur le point de tomber accidentellement du toit...

Le réalisateur français Yann Samuell, fort de son premier succès hexagonal (« Jeux d'enfants » avec Guillaume Canet et Marion Cotillard) avait déjà fait un tour par les États-Unis pour mettre en scène « My Sassy Girl » avec Elisha Cuthbert ("24 heures chrono") et Jesse Bradford, film sorti directement en DVD en septembre 2009 en France, avant de revenir pour « L'âge de raison » (avec Sophie Marceau). Avant le très attendu « La guerre des boutons », il avait aussi fait un détour par la Grande-Bretagne pour donner vie au roman d'Eva Ibbotson « The great ghost rescue », publié en 1975, et véritable phénomène outre-manche. Ce nouveau film en langue anglaise ne connaîtra malheureusement pas un sort bien meilleur que le premier, avec une sortie tardive dans notre pays dans une unique salle sur Paris.

Après une mise en place efficace, affichant tous les caractères du conte macabre, le film joue ensuite sur tous les plans, s'affirmant comme une comédie à humour noir dont le rythme se veut effréné. Entre jeux de mots pas forcément subtiles, rots bien gras du crâne qui crache du feu, comique visuel (la tête de la femme qui tombe quand on l'étreint pour l'embrasser...) et un comique de situation dû à la confrontation des fantômes avec des vivants souvent effrayés, le scénario épuise vite tous ses ressorts malgré la multitude de bonnes idées et les truculents détails afférant aux nombreux personnages rencontrés sur la route.

Servi par quelques têtes d'affiches connues, dont Kevin McKidd (« Grey's anatomy »), le film se divise clairement en trois parties : la lutte pour la survie à l'intérieur de l'orphelinat, la recherche des années plus tard d'un nouveau logis et la tentative d'intégration au monde des vivants. Dessinant une légère parabole sur l'immigration ou sur la situation des SDF, le récit épingle, surtout dans son troisième chapitre, l'hypocrisie des bonnes volontés, prêtes à accueillir des étrangers mais uniquement à condition qu'ils ne dérangent pas trop ou ne se révèlent pas excessivement différents.

Raillant les œuvres caritatives et la bonne conscience des politiques, « The great ghost rescue » fourmille de délicieuses idées qui souffrent cependant de leur accumulation à un rythme effréné, ne laissant jamais au spectateur le temps de souffler. La plupart des gags relèvent d'un humour « so british » qui ne fait pas mouche à tous les coups, et renforcent malheureusement encore l'impression de vitesse, effaçant rapidement tout enjeu dramatique... Restent les effets spéciaux, plutôt réussis, mais répétitifs (le crâne virevoltant, les traversées de murs...) qui participent à la création d'un univers propre, entre monde moderne et grenier poussiéreux.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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