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GOING TO BRAZIL

Un film de Patrick Mille

Very bad trip… au sens propre !

Trois copines sont invitées au mariage de leur (ancienne) meilleure amie au Brésil. Premier problème : à peine arrivées à Rio de Janeiro, elles en viennent à tuer accidentellement un jeune homme trop alcoolisé qui s’apprêtait à abuser de l’une d’elles. Deuxième problème : la victime n’est autre que le futur mari de leur copine ! C’est le début d’un séjour cauchemardesque…

Quel est ce phénomène actuel qui voit l’appauvrissement de la qualité des scenarii de nos comédies françaises ? Et quand, en plus, l’affiche et le synopsis nous vendent les promesses d’un trip déjanté propice au lâcher-prise le plus décomplexé, comment ne pas se transformer en Hulk quand c’est l’exact inverse qui déboule à l’écran ? Celui qui mérite l’assaut rebelle de trente millions de spectateurs, c’est Patrick Mille, acteur plutôt brillant vu dans "99 Francs", mais aussi réalisateur franchement mauvais (sa "Mauvaise fille" était uniquement sauvé par la révélation Izïa Higelin). Avec son "Going to Brazil", il fonce à son tour dans tous les murs possibles.

Sur la base d’un scénario sans doute rédigé un lendemain de vilaine cuite à la caipirinha, on doit donc se farcir les déboires brésiliens de trois clichés de perruches parisiennes (en gros : la timide stressée, la dragueuse larguée, la bagarreuse survoltée) qui s’en vont faire un trip sous le soleil de Copacabana, histoire de boire (et de tirer) un coup avant le mariage de leur copine. Et là, c’est le drame : l’une d’elles fait chuter par accident le futur marié du haut d’un immeuble, promesse d’une enfilade de désastres où l’amitié sera mise à rude épreuve et la panique sera aussi récurrente que leur respiration haletante…? Et bien non, parce qu’à partir de là, toutes les situations les plus éculées de l’histoire des scenarii vont s’enchaîner à la vitesse grand V. On passe ainsi du célèbre « On ne peut pas le dire à la police ! – Mais si, t’es folle ! » au traditionnel « Je crois que je vais m’évanouir – Ah non, pas maintenant, on doit rester soudées », sans oublier la valeur sûre « Tu sais, si tu pleures parce que tu n’arrives pas à garder un mec, faut peut-être te remettre en question – Mais tais-toi, pauvre conne ! ».

Au beau milieu de tout ça, Mille n’arrive pas à construire un seul bon raccord de plan, passant d’une scène à l’autre sans bâtir une vraie progression narrative, se contentant d’un ou deux travellings pour faire illusion (c’est raté), oubliant de diriger ses actrices (toutes insupportables, en particulier Alison Wheeler), ne proposant aucun gag original (voire même aucun gag du tout), dessinant des seconds rôles atroces (mention spéciale au couple de beaufs français, dignes des Ch’tis à Miami !), cochant une par une les cases des clichés touristiques sur le Brésil (soleil, alcool, drague, trafic de cocaïne, déforestation amazonienne, corruption policière…), ménageant quelques moments franchement gênants (pourquoi l’une des héroïnes fantasme-t-elle sur un type qui suce un esquimau de façon très insistante ?!?) et, comble du foutage de gueule, va même jusqu’à envoyer le générique de fin sans même prendre le temps de résoudre tous les enjeux qu’il a installés pendant 1h34… On en vient même à s’interroger : pourquoi Patrick Mille n’a-t-il pas fait ici un clin d’œil à Chico, son fameux personnage d’agent secret brésilien ? Sans doute parce que l’entendre nous dire « Va chercher bonheur dans ta salle de cinéma, va, va ! » aurait été la goutte d’eau capable de faire déborder le vase. Ce que le reste du film s’est de toute façon déjà chargé de faire…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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