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GERONTOPHILIA

Un film de Bruce LaBruce

Rude équilibre entre provocation et un certain romantisme

Un jeune maître nageur fait des croquis des personnes âgées qui l'entourent. Alors qu'il doit secourir un vieillard victime d'une attaque cardiaque, le bouche à bouche auquel il s'adonne provoque chez lui une érection, puis une éjaculation spontanée sous son caleçon de bain...

L’ouverture est en apparence anecdotique, débutant par une série de bruits de baisers, doublés de gémissements féminins, introduisant progressivement la discussion superficielle entre un homme et une femme. Ce jeune couple, qui s'embrasse goulûment sous nos yeux, échange sur ce qui est aujourd'hui révolutionnaire. La femme, reprenant son souffle entre deux palots, cite ainsi les personnalités féminines qui l'inspirent, telles Winona Ryder. Actrice rebelle, ou selon les rumeurs simplement capricieuse, elle s'oppose ici à ce que le réalisateur considère comme révolutionnaire (il le fera même dire plus tard à la petite amie du héros) : aller contre la nature, et aimer malgré tout, malgré les codes et les règles sociales.

Évacuant d'emblée le côté graveleux de son sujet casse-gueule, Bruce LaBruce s'engouffre très vite dans les fantasmes de son héros, Lake, jeune homme dans la fleur de l'âge, amoureux des formes des personnes âgées qu'il croise. Dans une succession de scènes aussi étonnantes que provocatrices, il décrit sa progressive acceptation de ses pulsions, depuis les regards sur les fesses fripées, jusqu'aux prises de substances pour mieux se déshabiller devant un patient, en passant par son embauche plutôt inconsciente dans une maison de retraite médicalisée.

Le ton est donc donné, jamais condescendant, toujours tendre avec ses personnages, quels que soient leurs penchants, avouables ou non. Bruce LaBruce ("Hustler White", "L.A. Zombie") utilise les fantasmes de son héros pour créer le décalage. Ainsi une scène de toilette devient une scène érotique, grâce aux mouvements d'une éponge, filmée au ralenti avec une photographie laiteuse, et accompagnée d'une musique aérienne. Nous contant une histoire de pulsions et d'amour naissant, le réalisateur canadien ne manque pas une occasion pour tourner en ridicule les travers de ses semblables (les agissements intéressés de la bimbo de mère, le goût kitch pour les pires décorations, la jalousie à outrance de la jeunesse, les tendances lesbiennes de la copine de Lake...). Il invite ainsi la comédie au chevet d'une douloureuse histoire.

Affirmant le droit à la différence, l'auteur évite pour une fois le trash et convoque une certaine forme de romantisme. Rarement gênant mais toujours surprenant, son scénario maintient une certaine distance, la mise en scène oscillant entre scènes frontales adoucies par l'utilisation du dessin (le héros aime croquer les sources de ses fantasmes... et leur donner des attributs qu'ils n'ont pas forcément) et dialogues improbables qui créent le décalage. Et si l'homme avec lequel le héros entretient une relation ambiguë est « jeune de 82 ans » (on lui demande même sa pièce d'identité à l'entrée d'un bar !), c'est pour mieux au final, combattre la discrimination dont font l'objet les personnes les plus âgées, hors normes par leur aspect physique, voire par leur forme physique. Un message touchant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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