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GEBO ET L'OMBRE

Un film de Manoel De Oliveira

Pour les interprètes

Gebo, comptable, est fatigué de raconter des histoires à sa femme. Leur fils, est parti il y a 8 ans, et vit une vie différente. À moins qu'il ne soit mort... Comme chaque jour, il tient sa belle-fille au courant des dernières nouvelles, puis ils reçoivent la visite de quelques voisins ou connaissances...

Manoel de Oliveira, réalisateur portugais, âgé aujourd'hui de 104 ans, continue de dérouler son œuvre, quelque part entre théâtre et cinéma. S'il a pu être ovationné pour certaines œuvres, telles « Le val Abraham », beaucoup restent hermétiques à son cinéma, sombre et onirique, et souvent ultra-référencé. Le revoici avec un film en français, « Gebo et l'ombre », adaptation de la pièce de Raul Brandão, dont le casting est certainement le principal intérêt, avec l'actualité de surface de ce récit sur la pauvreté.

On pourra reprocher au film son caractère engourdi, la construction des scènes ayant mérité mieux qu'une volontaire épuration des cadrages. Car hormis le plan du début, sur deux mains sorties de l'ombre, image d'une précarité qui peut vous saisir à tout moment, le nombre de plans, pour les 3 principales scènes du film, apparaît plus que réduit. Le prologue s'éternise sur un quai maritime, accompagné d'un long morceau de violon. Puis l'image, statique, se limite ainsi à 2 ou 3 plans fixes par scène. Et même si l'on sort enfin, sur le tard de la maison de ville où se déroule l'action, ce n'est que pour observer une rue aussi triste que les intérieurs des foyers des petites gens.

Du coup, les vedettes du film sont les dialogues, riches, qui offrent quelques réflexions intéressantes sur la différence de richesse, l'exclusion, la nature et la légitimité du crime ou du vol. Face à un système qui méprise les petits, et qui met sous leur nez des sommes folles auxquelles ils n'ont pas accès, n'est-il pas légitime de devenir soi-même un voleur ? Entre mourir de faim et voler, qu'est-il humain de choisir ? L’état actuel du pays du réalisateur (le Portugal) est certainement pour beaucoup dans le choix de ce texte, qui transpose ici la souffrance de parents face à la pauvreté alarmante de la génération suivante.

Magnifiquement servi par une troupe d'acteurs dont on écoute chaque ligne avec un certain plaisir, on trouve dans le texte de belles paraboles, sur l'art en tant que réconfort, la nature des souvenirs, le rapport au présent comme à l'argent. Michael Lonsdale en Gebo fatigué, Claudia Cardinale en épouse au bord de la folie, et Jeanne Moreau, en vieille dame sans le sou, nous permettent d'oublier par instant l'austérité des décors aux inspirations picturales certaines. Sans être face à un Oliveira accessible, on pourra trouver à cette œuvre d'un homme « né pour vivre de son art » (comme l'un des personnages du film), un aspect politique sur sa fin, avec l'événement coïncidant avec l'arrivée du soleil. Un message d'espoir au cœur d'une histoire aussi pessimiste que l'époque ?

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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