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GAL

Un film de
Avec

Un sujet intéressant mais une forme hésitante

Difficile de rentrer tout de suite dans le film car dès la première scène, on ne peut s’empêcher de se demander si José Garcia a été doublé en espagnol ou non. Mais on se rend vite compte que cette question n’a de toute façon aucun sens puisqu’il s’agit d’un problème global : la post-synchronisation des voix sur ce film est – comme pour beaucoup de films espagnols, il faut l’avouer ! – calamiteuse.

Après cette mauvaise entrée en matière, il est temps de se focaliser sur le sujet du film. Aborder une face cachée, méprisée ou taboue de l’histoire est toujours intéressant et le cinéma a cette vertu, justement, de faire sauter les barrières, d’obliger les spectateurs à laisser de côté leurs visions stéréotypées et simplistes d’une histoire caricaturale, de se libérer du lavage de cerveaux que les médias nous impose parfois à coup de bachottage perpétuel des mêmes faits, historiques ou non.

Le cinéma a donc ce pouvoir de purger un peu mieux le passé noir d’un pays, d’entamer une réelle psychanalyse nationale, de réveiller un peuple, ou d’initier d’autres peuples à une histoire qui leur est étrangère… Bref, à ce titre, GAL ne peut qu’être salué.

Mais faire un film historique n’est jamais aisé et risque souvent de tomber dans deux dérives formelles opposées. La première, typique de nombreuses productions américaines, est d’en faire un divertissement au sens péjoratif du terme : du pathos en veux-tu en voilà, des images léchées, une scénarisation à outrance, des valeurs patriotiques surexcitées, etc. Inversement, certains films historiques ont une réelle propension, en voulant se coller le plus possible à la (souvent triste) réalité, à devenir des documentaires de reconstitution à la forme austère et soporifique.

Miguel Courtois semble avoir souhaité chercher un juste milieu mais n’a finalement pu qu’alterner entre les deux dérives. L’image relativement sobre, la lumière souvent blafarde, ou encore l’utilisation de la caméra à l’épaule façon reportage, apportent une certaine simplicité au film, tout en risquant de le faire basculer du côté des pseudo-documentaires rasoirs. Mais cette hypothèse échoue par l’introduction d’éléments qui pèsent en sens inverse dans la balance.

La débauche d’allers-retours entre flash-backs et situation « présente », même si elle est efficace dans la compréhension, a paradoxalement tendance à plomber le sujet, en faisant de ces retours en arrière de véritables nids cinématographiques où viennent se nicher les dérives quasi-hollywoodiennes du film.

C’est avant tout palpable dans les passages clipés où mitraillettes et revolvers à gogo dégomment de l’innocent à coups de ralentis appuyés et de musique entraînante, et où les flics ressemblent à un mélange de mafiosi clichés à mort et d’acteurs porno des années 70 (sans parler de l’insupportable voix de Jordi Molla !), jouant au casino ou s’ébattant dans une immense baignoire au milieu de femmes nues. Ajoutons là-dessus l’histoire sentimentale des deux journalistes, soit trop appuyée soit trop effleurée donc ni juste ni utile.

Au final, on obtient un film à la forme inégale qui a parfois tendance à ennuyer. Dommage car le sujet est très intéressant et le jeu de José Garcia assez subtil (tout comme celui de Bernard Le Coq – doublé, lui – dans un rôle plutôt inattendu !).

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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