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FRÈRES DE SANG-2

Un film de
Avec

Un premier film vibrant qui révèle un duo d’acteurs comme de réalisateurs

La liste des thrillers italiens se déroulant dans le milieu de la mafia est encore plus longue que la filmographie de Morgan Freeman. À la lecture du synopsis de "Frères de Sang", nous avions toutes les raisons d’être inquiets de voir une énième fois un archétype de ces polars sombres, virils et rugueux, où les truands dégainent trop vite et où le personnage central est forcément en quête de rédemption. Dès les premières minutes, nos craintes seront balayées. Certes, le film s’inscrit dans une certaine linéarité, mais le propos des deux cinéastes, dont il s’agit du premier passage derrière la caméra, est ailleurs, dans les yeux de ces deux adolescents dont la jeunesse est en train de s’envoler.

Manolo et Mirko ont grandi ensemble et ne se séparent jamais. Après le lycée, ils livrent des pizzas pour se faire quelques euros, pour frimer auprès de leur copine ou acheter un peu d’herbe. Surtout, ils passent des heures à refaire le monde dans leur voiture. Un soir, en rentrant, ils renversent un piéton. La panique s’empare d’eux. Leurs espoirs se brisent. Pourtant, il s’agira en réalité d’une aubaine, la victime étant recherchée par des mafieux, le drame se transforme en ticket d’entrée pour rejoindre le clan. Sobre et épuré, le métrage rejette tout sensationnalisme au profit d’un récit acéré et glaçant sur la culpabilité invisible et l’effritement des apparences.

Si ces nombreuses séquences initiales de bâtisses décrépites suggèrent une forte influence de Matteo Garrone, les réalisateurs vont trouver leur propre voix, un chemin introspectif bien plus que démonstratif. Chronique vibrante d’une amitié fraternelle mise à mal par l’arrivée dans un nouveau monde, celui où pour appuyer sur une gâchette on peut gagner des sommes jusque-là rêvées, le métrage se révèle un drame méticuleux et intense, à la mise-en-scène inspirée. Avec le passé des protagonistes balayé dès l’ouverture et une violence reléguée en arrière-plan, filmée de loin ou à travers des vitres, la caméra ne s’intéresse qu’à ses protagonistes, les capturant au plus près et les isolant des autres personnages. En résulte, un drame sensible et intense qui érige ses deux auteurs, mais aussi ses deux comédiens principaux, comme des jeunes talents à suivre.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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