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FALLING

Un film de Viggo Mortensen

La chute du père

John accompagne son père Willis dans l’Ouest. L’esprit déclinant de ce dernier, homme rural issu d’une époque révolue, le rend désormais incapable de s’occuper de la ferme isolée où le reste de la famille a grandi. Lorsque Willis débarque chez John, son compagnon Eric et sa fille adoptive Monica, le conflit reprend de plus belle alors même que John tente de trouver à son père un foyer proche de chez eux…

Falling film

Ce premier long-métrage en tant que réalisateur pour Viggo Mortensen était l’un des événements du Festival Lumière 2020, et aussi un très gros sujet de curiosité. On pouvait s’attendre à quelque chose relié de près ou de loin au spectre de l’autobiographie, mais il semblerait bien que non. On pouvait se préparer à l’adaptation d’un matériau existant, mais le curseur n’était pas réglé là-dessus. Alors, où se situe la réalité ? Finalement quelque part entre un exercice de style très appliqué et un drame modeste qui se donnerait presque des allures de fresque, charriant le destin d’une famille des années 60 jusqu’à notre époque. Un entre-deux qui aboutit tout de même à une jolie réussite, et pas seulement en raison de la profonde sincérité et de la maîtrise narrative dont fait preuve l’interprète d’Aragorn pour ses débuts de réalisateur. Cette apparence d’un film tiraillé entre deux forces (l’une simple, l’autre complexe) est au cœur même du récit, peinture subtile et fragmentée d’une famille fracturée. Deux ex-femmes décédées, un fils homosexuel, une fille démocrate, des petits-enfants de chaque côté (une mexicaine adoptée chez l’un, deux punks gothiques chez l’autre), et comme épicentre de cette cellule chahutée, la figure du patriarche, ici violent, intolérant et atteint de démence sénile, qui menace de faire chuter les autres à mesure qu’il chute irrémédiablement.

Le choix du montage parallèle tombe ici sous le sens. En organisant son récit selon un système de va-et-vient permanent entre le passé et le présent, Mortensen fait lentement monter la sauce, dissémine de façon progressive les éléments de révélation qui justifieront l’enjeu du face-à-face final entre le père et son fils. Brillante en l’état, cette narration déstabilise aussi la tenue visuelle du film lui-même, partagé entre des 60’s traitées comme chez Malick (un cadre de l’Est américain originel revisité en paradis perdu et maudit) et une Californie contemporaine qui coche à peu près toutes les cases du drame indé à la sauce Judd Apatow. On ne cite pas Apatow pour faire joli, d’ailleurs : la prestation démentielle et largement oscarisable de Lance Henriksen (le célèbre Bishop de la saga "Alien") déverse une quantité folle d’insanités et de conflits familiaux dont le créateur de "Funny People" aurait pu faire le sujet idéal pour l’une de ses comédies douces-amères. Un goût du politiquement incorrect qui prend encore plus d’ampleur le temps de l’apparition hilarante de David Cronenberg en gérontologue adepte du toucher rectal !

Si défauts il y a dans ce premier film tout à fait intéressant, ils seraient clairement à chercher du côté de la durée (un peu trop étirée), de la référence visée (il est très risqué de vouloir lorgner vers les plus grands avec un scénario aussi simple) et d’un récit finalement assez prévisible dans sa progression (le montage parallèle grille parfois le fin mot de l’histoire). On en sort même en se disant que "Falling" tiendrait peut-être plus du pur film d’acteurs – celui où les remarquables prestations du casting font presque tout le boulot – que du drame indépendant au sujet imposant et à la mise en scène audacieuse. Il n’en reste pas moins que Viggo Mortensen peut désormais se prévaloir d’avoir passé son brevet de cinéaste avec mention. On attend désormais son prochain film avec curiosité.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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