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FAITES LE MUR

Retournement ou détournement

Quand le français Thierry Guetta, vivant à L.A., s'est mis a filmer son entourage, puis l'un de ses amis artistes vivant à Paris (space-invaders), il s'est découvert une passion pour ce qui allait devenir le « Street art ». Nous suivons ses premiers pas de documentariste amateur, jusque sur les pas du mystérieux Banksy, qu'il aimerait un jour rencontrer...

Autant le dire tout de suite, depuis sa présentation Hors compétition au Festival de Berlin 2010, et après un passage en séance spéciale à Cannes, « Faites le mur ! » n'a cessé de créer le buzz. Et celui-ci s'avère entièrement justifié, ce documentaire offrant un point de vue à la fois original et cynique sur le « street art », art d'utiliser le quotidien, la rue pour créer des œuvres souvent critiques et dérangeantes, donc forcément controversées. Un exemple simple, mais emblématique : la cabine téléphonique de BT (British Telecom) assassinée à coups de haches dans les rues de Londres. Chacun peut y lire ce qu'il veut, de l'emprise détestable des télécommunications sur la vie de chacun, de la suprématie en plein avènement du téléphone portable, ou des problèmes de relation entre clients et entreprises de télécom. Le cadavre de cette pauvre cabine, plieé en deux et adossée à un mort est porteur de message, et se passe de commentaire.

Le documentaire de Banksy devait être initialement une sorte d'œuvre synthétique sur les principaux protagonistes du « street art », grâce à l'exploitation des centaines d'heures de prises de vue d'un passionné de la vidéo. Ce dernier, français installé à Los Angeles, est finalement devenu le sujet-même du film. Ceci parce qu'il est le symbole d'un rêve américain qui oublie d'avoir des racines, et d'une réussite facile liée à un entrepreneuriat basé sur une seule idée développée à l'infinie et bien vendue (il a ouvert une boutique de vintage à succès). Mais aussi parce qu'il représente à lui seul, un public inculte et avide d'instantané et de « mode », prêt à tout gober pour peu qu'il ait l'impression de s'approcher des artistes.

Le documentaire, qui pourrait presque passer au final pour un hoax gigantesque, permet néanmoins de capter l'état d'esprit des artistes de rue, un peu de leur énergie, comme de la tension qui fait le sulfureux de leur métier (voir la passage à Disneyland, pour dénoncer les tortures à Guantanamo). Il permet aussi de découvrir en détail les œuvres de 4 artistes (dont Banksy, Space Invader, Shepard Fairey) et de se rendre compte de la manière avec laquelle le système capitaliste et les médias savent s'emparer d'un phénomène pour en faire une soupe respectable. Il devait s'appeler « Comment vendre de la m* à des c* ». Mais il s'agit bel et bien d'un documentaire, avec un sacré sens du recul.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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