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ENFANTS DES NUAGES

Un film de Alvaro Langoria

Un documentaire inégal pour une véritable cause

Dans l'Ouest de l'Afrique, une région dénommée le Sahara occidental est depuis 1976, fin de la colonisation espagnole, sous domination marocaine. Un peuple, les Sahraouis, a vu alors son territoire de vie divisé, condamné pour partie à vivre dans camps de réfugiés...

Pas facile de rendre compte d'un conflit dont personne en France ne semble conscient, et qui dure depuis le milieu des années 70. Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est un territoire méconnu chez nous, le film mettant en cause directement la diplomatie française dans sa collusion avec le Maroc, dont l'armée réprima toute tentative revendicatrice. Traitant du sort du peuple sahraoui et de son droit à l'autodétermination, bafoué à plusieurs reprises, "Enfants des nuages, la dernière colonie" affiche de bonnes intentions, pour une forme cependant maladroite, et une construction dont la clarté n'est pas toujours évidente.

Mélangeant images d'archives, cartographies animées et commentées (plutôt pédagogiques et efficaces lorsqu'elles abordent notamment la question du mur de défense, ou les manipulations autour des faux sahraouis formés pour pouvoir voter parmi les 80 000 réels ressortissants), interviews et tractations autour de la cause, le film a été récompensé par le Goya du meilleur documentaire 2013.

S'il nous éclaire globalement sur l'histoire de ce conflit entre Maroc et Algérie (soutenant le Front Polisario, constitué d'indépendantistes), le film pèche par un montage peu hiérarchisé, qui fait trop de place aux entretiens (même si certains glacent le sang par leur cynisme réaliste et sont édifiants d'un point de vue du fonctionnement de la diplomatie et de l’incapacité de l'ONU), ou à des passages peu utiles mettant en scène Javier Bardem et son entourage, humble soutien de la cause, au détriment de rares passages montrant l'évolution de la nature du conflit. Reste une véritable cause et un documentaire qui a bien failli ne pas trouver son chemin vers les salles françaises, pour des raisons politiques, et qui a le mérite de renvoyer le spectateur à ses propres élans militants, et à sa conscience contestataire.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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