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L'EMPIRE DES RASTELLI

Un film de Andrea Molaioli

Sous l’empire, un homme

Années 1990. La famille Rastelli est à la tête de Leda, une laiterie traditionnelle italienne devenue multinationale dans le domaine de l’agro-alimentaire. Pourtant, derrière cette apparente puissance, se cachent de bien tristes réalités. Corruption, pots de vin, falsifications… tous les moyens sont bons pour sauver l’image et les belles valeurs de l’entreprise. Une mission quotidienne pour le directeur financier Ernestino Botta, bras droit du président et gardien dévoué de cet empire factice...

Inspiré de l’affaire Parmalat, retentissant scandale financier du début des années 2000, le deuxième film de Molaioli (qui fut pendant de nombreuses années l’assistant de Nanni Moretti) s’efforce de dénoncer les dérives du capitalisme financier, par lesquelles des entreprises manipulent les marchés pour se faire sur-évaluer et ainsi abuser de la confiance des banques et des investisseurs. Au cœur de l’intrigue : une famille qui parvient à ériger un empire économique, mais qui pique régulièrement dans la caisse pour se prémunir d’une chute inexorable, causant ainsi ironiquement sa propre perte.

Le propos est intéressant, d’autant qu’il est question là d’une société familiale aux valeurs traditionalistes, guidée de surcroît par un homme aux allures de grand-père droit et bienveillant. Rien n’est simple, chaque personnage semble se voiler la face. Il plane donc sur cette histoire un vent d’inconscience, un paradoxe que le comportement dévoué du directeur financier, pourtant bien en prise avec la réalité, ne fait qu’augmenter.

Travailleur de l’ombre, homme zélé sacrifié aux intérêts d’une entreprise à laquelle il est profondément attaché, Botta est le personnage clé du film, porté par un Toni Servillo assurément convaincant. Son acharnement à trouver des solutions et à sauver les situations les plus extrêmes, sans jamais sourciller ni demander réparation aux principaux responsables, force presque l’admiration. Et ferait presque pardonner la succession de manœuvres assez invraisemblables auxquelles il s’adonne pour tromper les banquiers.

En revanche, le film ne séduit pas vraiment du point de vue de la forme, trop proche du téléfilm. L’intégration de quelques scènes sentimentales et dramatiques (l’aventure amoureuse de Servillo avec sa jeune assistante par exemple), si elles partent d’une bonne intention, ne réussissent pas vraiment à épaissir les personnages et donnent au contraire à l’ensemble un air convenu. Mais heureusement, c’est surtout la scène finale que l’on retiendra. À la fois tragique et burlesque, limite absurde, elle permet de conclure le film avec une certaine efficacité.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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