Parce qu'on en a jamais assez !

ELEFANTE BLANCO

Un film de Pablo Trapero

Crise de foi

Dans le bidonville de la Vierge bidonville de la Vierge, dans la banlieue de Buenos Aires, deux prêtres tentent de venir en aide aux plus démunis. Au milieu du quartier trône la structure d'un hôpital, jamais terminé, devenu un repère de toxicos...

Le nouveau film de Pablo Trapero (« Leonera », « Carancho ») aura mis près d'un an pour trouver le chemin des salles françaises. Il faut que cette nouvelle histoire à vous remuer les tripes, centrée sur deux prêtres, rencontre forcément moins d'écho en France, pays fortement laïque, où le poids de l'église va diminuant. D'autant plus que l'aspect social du film, entre familles démunies, drogués et gangs de quartier, vient interroger ce qu'il reste de foi aux deux personnages.

Le film s'ouvre d'ailleurs sur deux événements propres à déstabiliser la croyance des deux hommes. La première scène affiche la maladie du père Julian comme une donnée de base, créant d'emblée une ambiance oppressante avec le bruit d'un IRM et les cadrages serrés sur le visage de Ricardo Darin, enserré dans une maille de plastique qui en épouse les contours, le faisant ressembler à sa seule façade, lisse. La seconde scène montre le père Nicolas réfugié dans la jungle alors que sa mission est attaquée par des guérilleros, massacrant ceux qu'ils trouvent sur place. Le visage de Jérémie Rénier, couvert de boue, et son incapacité à aider les victimes, marquent aussi la dégradation de sa foi en l'homme.

Reprenant du service au sein de la même mission urbaine, au cœur d'un difficile bidonville de plus de 30 000 habitants, le père Nicolas va découvrir, tout comme le spectateur les conditions de vie indignes et le peu de marge de manœuvre que permettent d'un côté des gangs organisés contre lesquels il convient de ne pas prendre parti, et un État incapable de mener une politique sociale ni sécuritaire. La présence à proximité de l' « éléphant blanc » ("elefante blanco"), cet hôpital, sorti de terre en 1937, et dont la construction s'est interrompue avec le coup d’État de 1955, et toujours inachevé, est tout le symbole de l'échec d'une prise en charge sociale de toute une population. D'autant plus que cet endroit sert aujourd'hui de logement de fortune pour les camés.

Mais Trapero s'attache à montrer que malgré tout, l'entraide existe encore, les prêtres appuyant un projet d'auto-construction d'un ensemble de maisons. Grâce à une musique omniprésente et oppressante, il pose le couvercle sur cette cocotte minute que représente le quartier, préparant minutieusement l'inévitable lâché de vapeur. À la limite de l'explosion sociale, ce contexte permet de pointer les défaillances d'un système, la corruption policière et les injustices, tout en esquissant pour ces deux hommes en proie au doute, deux issues potentielles, l'amour ou la mort, tout en soulignant l'incapacité des hommes de bonne volonté à ne pas s'impliquer.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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